Le cercle des poètes disparus
Par Christian Fremaux avocat
honoraire
La poésie
classique qui fait appel aux sentiments nobles voire romantiques ne fait plus
recette. On est dans le drame , dans le tragique quand on écoute ceux et celles
qui nous ont gouverné et conduit dans le mur ou aspirent à prendre les rênes.
Dans une mission impossible qui consiste à ne mécontenter personne mais que
tout le monde fournisse des efforts. Au nom des grands principes :
justice sociale et fiscale, redistribution, combattre les inégalités, la dette...Mais
il y a encore des rêveurs ou des utopistes.
Les très nombreux candidats à l’élection
présidentielle regorgent d’idées qui sont globalement constantes dans tous les
camps : des impôts et des taxes en divergeant sur quelle catégorie sociale
doit les supporter ; des économies cosmétiques car la dépense publique est
quasi sanctuarisée pour des raisons
discutables sinon idéologiques ; des mesures matérielles d’urgence dans une
conjoncture qui pique .Mais rien qui réforme en profondeur l’Etat, qui
redonne du pouvoir local et de la proximité que réclament les
citoyens .Et aucune proposition qui
fournirait la facture à ceux qui sont responsables du désastre ou de la fraude.
Ou aux démagogues qui encouragent les difficultés de fait par leurs choix
séparatistes et la clientèle électorale qui est visée.
S’y ajoute une absence totale de cap donc
d’espoirs, d’objectifs à atteindre dans
l’avenir pour donner un sens éthique aux citoyens qui conforte l’intérêt
général et provoque l’union au-delà des différences. Un projet uniquement
comptable n’enthousiasme pas. Les principes comptent. On nous demande de voter
la confiance. Les citoyens sont désabusés et très circonspects car on ne rase jamais
gratis.
Tant qu’ à
faire des sacrifices qu’on les fasse pour du vrai mieux :des services
publics performants, une économie qui produit de la richesse, de la solidarité
avec ceux et celles qui ayant travaillé et cotisé doivent pouvoir vivre de leur
travail ou de leur retraite. Et des actions sur le plan extérieur qui font
consensus et renforcent le pacte républicain et nos valeurs universelles. La
campagne doit servir à retrouver l’apaisement et la compréhension entre les uns
et les autres même si on n’est pas d’accord sur le fond. On n’a jamais raison
tout seul il faut accepter les compromis. On appelle cela de la démocratie.
Vœu pieux ? Et si on essayait ?
Puisque les caisses sont vides et que pas un
domaine ne fonctionne bien , on part d’une feuille blanche. C’est le moment
d’innover. Sans pour autant se référer
comme un mantra au conseil national de la résistance de 1943 quelque peu dépassé.
L’époque a changé. On ne sort plus de la guerre contre les nazis ou du fascisme
mussolinien et les purges de Staline sont loin. Nous ne sommes pas responsables
du passé qu’il faut éviter d’invoquer pour tout ou rien. Mais surtout il faut
faire en sorte qu’il ne revienne plus. Et ne pas semer les conditions de sa
renaissance par de l’exaspération et des décisions arbitraires et démagogiques.
Il faut faire du neuf et prévoir d’interroger les Français en dehors des
échéances électorales pour leur demander plus souvent leur avis sur un sujet
important. La liberté d’expression va au-delà des oukazes de la cour européenne
des droits de l’homme de Strasbourg . Pour un peuple souverain il est
légitime qu’il puisse s’exprimer. L’état de droit ne peut être un
obstacle. Ou une interdiction. Il protège ce qui implique
qu’il doit aussi s’adapter.
Attendons la
suite de la campagne. Et les suggestions d’autres candidats.
J’ai regardé
mercredi soir 23 septembre le débat de la primaire ouverte entre les prétendants
à l’investiture présidentielle pour la gauche sociale-démocrate ou
républicaine. Je n’écris pas humaniste car l’humanisme n’a pas de frontières et
n’est le monopole d’aucun camp. A droite et au centre aussi il y a des
humanistes.
Ils étaient cinq
à comparaitre devant le tribunal de l’opinion. Trois mousquetaires qui étaient
quatre plus Milady représentée par Mme Ségolène Royal. Celle- ci professeur
émérite spécialiste de tout était la statue du commandeur vêtue de rouge et a
demandé qu’on ne déforme pas ses propos. Lesquels ? Car elle en a tenu beaucoup et s’est
abondamment contredit dans sa longue carrière. A sa droite comme à sa gauche il
y avait deux hommes en costumes - cravates dont M. Gluksmann que Mme Royal , en
toute camaraderie, avait qualifié de
stagiaire.
Manquait un
candidat le jeune député socialiste Philippe Brun qui n’avait pas eu le droit
de candidater le dernier jour à minuit moins cinq (mais lui n’est pas le docteur
Schweitzer) en raison d’un signalement pour violence à la façon Me-too. Vive
la présomption d’innocence. Cela m’a rappelé la partie de cartes dans le film César
de Marcel Pagnol où l’acteur Raimu joue contre M. Brun . Il dit à son partenaire : « il me
fend le cœur ... et toi... ».Son partenaire joue alors cœur et on rit de
la mauvaise foi. Le député M. Brun a perdu avant de commencer. Il a dû pleurer
de rage. La politique n’est pas un monde
de poètes disparus. Ni obscur comme Stéphane Mallarmé ni lyrique comme
Lamartine. Et n’est pas Victor Hugo qui veut. Le débat entre pragmatisme et valeurs
républicaines bousculées par les affaires du monde en feu ,fut de bonne tenue.
Il s’est tendu quand on a demandé qui acceptait de s’allier avec M.
Mélenchon ? Qui comme le poète André Chenier propose : « sur des
pensers nouveaux faisons des vers antiques ». Les réponses furent différentes
et on s’anima, sans s’insulter cela
aurait fait mauvais genre. Mais en n’en pensant pas moins.
Je me réjouis de l’organisation de cette
confrontation d’opinions, même si on ne partage pas les analyses, les
diagnostics et les solutions. Tous ont été d’accord pour que le cercle des
électeurs abstentionnistes se rétrécisse. Les politiques ,ces poètes modernes
doivent donc écrire des vers concrets c’est-à-dire un programme lisible et
crédible. Je n’ai pas à me
prononcer pour donner des notes. N’étant ni footballeur ni judoka de haut
niveau je ne veux influencer personne. Ceux qui vont voter feront leur choix.
Il en
sera de même quand la droite et le centre voudront un rassemblement sans
primaire officielle. On dit que c’est le cercle de la Raison. Seul capable d’éliminer
les extrêmes (soit près de 50 % de gauche comme de droite d’électeurs ! est-ce
bien démocratique ?). Et la même question se posera. Alliance ou non avec
Mme Le Pen ?
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