jeudi 24 septembre 2026

Le cercle des poètes disparus

 

                                    Le cercle des poètes disparus

                     Par Christian Fremaux avocat honoraire

La poésie classique qui fait appel aux sentiments nobles voire romantiques ne fait plus recette. On est dans le drame , dans le tragique quand on écoute ceux et celles qui nous ont gouverné et conduit dans le mur ou aspirent à prendre les rênes. Dans une mission impossible qui consiste à ne mécontenter personne mais que tout le monde fournisse des efforts. Au nom des grands principes : justice sociale et fiscale, redistribution, combattre les inégalités, la dette...Mais il y a encore des rêveurs ou des utopistes.

 Les très nombreux candidats à l’élection présidentielle regorgent d’idées qui sont globalement constantes dans tous les camps : des impôts et des taxes en divergeant sur quelle catégorie sociale doit les supporter ; des économies cosmétiques car la dépense publique est quasi  sanctuarisée pour des raisons discutables sinon idéologiques ;  des mesures matérielles d’urgence dans une conjoncture qui pique .Mais rien qui réforme en profondeur l’Etat, qui redonne du pouvoir local et de la proximité que réclament les citoyens .Et aucune  proposition qui fournirait la facture à ceux qui sont responsables du désastre ou de la fraude. Ou aux démagogues qui encouragent les difficultés de fait par leurs choix séparatistes et la clientèle électorale qui est visée.

 S’y ajoute une absence totale de cap donc d’espoirs,  d’objectifs à atteindre dans l’avenir pour donner un sens éthique aux citoyens qui conforte l’intérêt général et provoque l’union au-delà des différences. Un projet uniquement comptable n’enthousiasme pas. Les principes comptent. On nous demande de voter la confiance. Les citoyens sont désabusés et très circonspects car on ne rase jamais gratis.  

Tant qu’ à faire des sacrifices qu’on les fasse pour du vrai mieux :des services publics performants, une économie qui produit de la richesse, de la solidarité avec ceux et celles qui ayant travaillé et cotisé doivent pouvoir vivre de leur travail ou de leur retraite. Et des actions sur le plan extérieur qui font consensus et renforcent le pacte républicain et nos valeurs universelles. La campagne doit servir à retrouver l’apaisement et la compréhension entre les uns et les autres même si on n’est pas d’accord sur le fond. On n’a jamais raison tout seul il faut accepter les compromis. On appelle cela de la démocratie. Vœu pieux ? Et si on essayait ? 

 Puisque les caisses sont vides et que pas un domaine ne fonctionne bien , on part d’une feuille blanche. C’est le moment d’innover.  Sans pour autant se référer comme un mantra au conseil national de la résistance de 1943 quelque peu dépassé. L’époque a changé. On ne sort plus de la guerre contre les nazis ou du fascisme mussolinien et les purges de Staline sont loin. Nous ne sommes pas responsables du passé qu’il faut éviter d’invoquer pour tout ou rien. Mais surtout il faut faire en sorte qu’il ne revienne plus. Et ne pas semer les conditions de sa renaissance par de l’exaspération et des décisions arbitraires et démagogiques. Il faut faire du neuf et prévoir d’interroger les Français en dehors des échéances électorales pour leur demander plus souvent leur avis sur un sujet important. La liberté d’expression va au-delà des oukazes de la cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg . Pour un peuple souverain il est légitime qu’il puisse s’exprimer. L’état de droit ne peut être un obstacle. Ou une interdiction.  Il protège ce qui implique qu’il doit aussi s’adapter.    

Attendons la suite de la campagne. Et les suggestions d’autres candidats.

J’ai regardé mercredi soir 23 septembre le débat de la primaire ouverte entre les prétendants à l’investiture présidentielle pour la gauche sociale-démocrate ou républicaine. Je n’écris pas humaniste car l’humanisme n’a pas de frontières et n’est le monopole d’aucun camp. A droite et au centre aussi il y a des humanistes.

Ils étaient cinq à comparaitre devant le tribunal de l’opinion. Trois mousquetaires qui étaient quatre plus Milady représentée par Mme Ségolène Royal. Celle- ci professeur émérite spécialiste de tout était la statue du commandeur vêtue de rouge et a demandé qu’on ne déforme pas ses propos. Lesquels ?  Car elle en a tenu beaucoup et s’est abondamment contredit dans sa longue carrière. A sa droite comme à sa gauche il y avait deux hommes en costumes - cravates dont M. Gluksmann que Mme Royal , en toute camaraderie,  avait qualifié de stagiaire. 

Manquait un candidat le jeune député socialiste Philippe Brun qui n’avait pas eu le droit de candidater le dernier jour à minuit moins cinq (mais lui n’est pas le docteur Schweitzer) en raison d’un signalement pour violence à la façon Me-too. Vive la présomption d’innocence. Cela m’a rappelé la partie de cartes dans le film César de Marcel Pagnol où l’acteur Raimu joue contre M. Brun . Il dit à son partenaire : « il me fend le cœur ... et toi... ».Son partenaire joue alors cœur et on rit de la mauvaise foi. Le député M. Brun a perdu avant de commencer. Il a dû pleurer de rage.  La politique n’est pas un monde de poètes disparus. Ni obscur comme Stéphane Mallarmé ni lyrique comme Lamartine. Et n’est pas Victor Hugo qui veut. Le débat entre pragmatisme et valeurs républicaines bousculées par les affaires du monde en feu ,fut de bonne tenue. Il s’est tendu quand on a demandé qui acceptait de s’allier avec M. Mélenchon ? Qui comme le poète André Chenier propose : « sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques ». Les réponses furent différentes et on s’anima,  sans s’insulter cela aurait fait mauvais genre. Mais en n’en pensant pas moins.  

 Je me réjouis de l’organisation de cette confrontation d’opinions, même si on ne partage pas les analyses, les diagnostics et les solutions. Tous ont été d’accord pour que le cercle des électeurs abstentionnistes se rétrécisse. Les politiques ,ces poètes modernes doivent donc écrire des vers concrets c’est-à-dire un programme lisible et crédible.  Je n’ai pas à me prononcer pour donner des notes. N’étant ni footballeur ni judoka de haut niveau je ne veux influencer personne. Ceux qui vont voter feront leur choix.

Il en sera de même quand la droite et le centre voudront un rassemblement sans primaire officielle. On dit que c’est le cercle de la Raison. Seul capable d’éliminer les extrêmes (soit près de 50 % de gauche comme de droite d’électeurs ! est-ce bien démocratique ?). Et la même question se posera. Alliance ou non avec Mme Le Pen ?

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire