vendredi 24 avril 2026

Bataille navale à la royale ou de flibustiers

 

                           Bataille navale à la royale ou de flibustiers

                                      Par Christian Fremaux avocat honoraire

L’avenir du monde donc de la planète et de ceux qui y vivent ou survivent actuellement se passe sur les mers. On révise notre géographie et chacun a acheté un atlas. Où sont le golfe persique ou la mer d’Arabie, le golfe d’Oman voire d’Aden,  les détroits d’Ormuz et de Malacca, les océans indien et pacifique ? Et précédemment atlantique puisque les USA avait fait un blocus du Vénézuéla avant de kidnapper le président Maduro. M. Trump a aussi des visées sur le canal de Panama et le Groenland. Et entend que le canal de Suez soit libre de circulation. C’est tout pour l’instant. La mer Méditerranée reste où elle est avec ses fonctions traditionnelles. Les porte -avions peuvent circuler.  

 Quand le président américain s’intéressera aux pays terrestres et envisagera des débarquements on révisera où ils se situent , comment y accéder et les destinées des nations , des empires , des coalitions avec l’histoire des peuples. Car la seule querelle qui vaille c’est l’être humain. Toutes les guerres se font théoriquement pour son bonheur même malgré lui,  sachant que son contenu est variable en fonction des démocraties, des théocraties, des dictatures, des croyances et des vérités non démontrées. Il y a du pain sur la planche intellectuelle et morale souvent glissante.

 Pour l’instant il n’est pas nécessaire d’avoir une carte détaillée de l’espace. Quoiqu’avec tous les missiles de longue portée, des drones de plus en plus performants, les fusées et toutes les communications et technologies qui passent par les satellites et qui font marcher des armes qui tuent et détruisent mieux vaut en connaitre la profondeur ou la hauteur.

Tous les coups sont permis puisqu’on a commencé par nier et effacer le droit public international. Dans tous les camps : les uns pour se défendre, les autres pour attaquer pour échapper à un danger ou une intention hostile, tous en trouvant des prétextes ou des justifications. L’éthique a disparu au nom de la vengeance et de la survie ou de la volonté d’imposer ses évidences. Chacun accuse l’autre de génocide et de crimes de guerre sinon contre l’humanité et condamne l’ennemi aux foudres de la justice internationale qui n’y peut mais. Et dont on menace les juges s’ils n’ont pas le bon profil ou une pré-décision qui va dans son sens. Qui protégera les juges qui dans plusieurs années si tout va bien ,décideront des responsabilités, diront qui a été l’agresseur et l’agressé,  pour des motifs sérieux et respectables ou non, s’il y avait légitime défense ou riposte disproportionnée avec des moyens acceptables,  et quelles sanctions contre qui doivent être prononcées ?

En attendant on n’utilise pas des pistolets à eau. Et on est dans un poker menteur.

Il semble que M. Trump ait été surpris par les capacités militaires de l’Iran qui dans une guerre asymétrique sur le papier fait front. Sans que l’on soit sûr de l‘armement qui lui reste. On en est à des vedettes rapides. Les bombardements ayant détruit les gros navires de guerre. Certes les mollahs ont eu 47 ans pour se préparer et il faut admettre qu’ils ont bien réfléchi avec leur organisation dite en mosaïque et que leur jusqu’au boutisme correspond à leur religion qui vénère les martyrs. Cette occurrence n’autorise cependant pas certains à considérer avec une quasi-bienveillance le régime théocratique et cruel des ayatollahs au nom de la lutte du faible contre le fort ce dernier serait -il critiquable. Ou d’un anti-américanisme primaire sinon d’un anti -sémitisme qui ne se déclare pas.  Car ce serait oublier que l’Iran a des projets belliqueux envers l’Occident en général et des terroristes qui travaillent pour son compte outre la volonté d’éradiquer Israël qui est une démocratie et a le droit d’exister. Même si on peut rejeter sa politique intransigeante et ses actions. Je plains le peuple iranien très civilisé et victime qui vit dans la terreur et sous un régime de fer qui n’autorise pas la parole ou le débat interne sur un destin collectif.  Il doit se protéger contre ses propres dirigeants. Quand l’idéologie règne, le malheur s’installe.  

 En Occident on ne raisonne pas ainsi, une vie étant le bien le plus précieux. On discute publiquement des buts et objectifs, on tente d’abord la médiation par la diplomatie en cas de conflit. Et quand on se heurte à un mur ou un adversaire résolu à ne pas céder d’un pouce quitte à disparaitre, quand les intérêts vitaux sont en jeu , on sort les armes . « Le dernier argument des rois » était-il inscrit sur les canons de Louis XIV.  

Les Iraniens n’ont pas d’amiral en chef puisque le jour même de sa désignation le guide suprême a été éliminé ou quasiment. Mais il y a de nombreux capitaines de vaisseaux et des marins qui savent manœuvrer. La simple possibilité d’existence de mines dans un détroit et du démantèlement des câbles sous -marins sont une arme redoutable. On n’est plus dans la royale avec ses codes d’honneur et coutumes. De loyal on est passé à sournois. On est chez les flibustiers. Dans une guerre asymétrique la fin justifierait tous les moyens. D’autant plus que le blocus yankee semble avoir des trous. C’est une passoire flottante, volontairement ou non.   

Il y a un jeu de société qui s’appelle la bataille navale pour les longues soirées d’hiver quand il y a tempête au large. On joue au touché-coulé avec une stratégie réfléchie, au chaud, dans le calme, en buvant un verre.  Mais dans la vraie vie ce jeu fait des morts, réellement. Et la Convention des nations unies sur le droit de la mer entrée en vigueur en 1994 est devenue un chiffon de papier. Notons que les USA, Israël et... le Venezuela n’ont pas ratifié l’accord. Et vogue la galère !   

On a déjà connu la politique de la canonnière, les pirates et les corsaires et la domination des océans au profit des puissants. Aujourd’hui il faut sauver le soldat pétrole et gaz et la technologie qui fait fonctionner le monde moderne et son train de vie.  Au passage les humains aussi,  certains étant plus de qualité que d’autres.

M. Trump sera- t -il Marc Antoine avec comme second Cléopâtre qui a perdu la bataille navale d’Actium ou au contraire Nelson qui a défait la flotte de Napoléon à Trafalgar ? Les Iraniens sont- ils les dignes successeurs d’Alexandre-Le-Grand le macédonien qui a conquis la Perse et était un stratège hors pair ? Ou comme à Lépante subiront- ils le sort des Ottomans face à la Sainte- Ligue ?

« Homme libre, toujours tu chériras la mer » a écrit Charles Baudelaire dans les Fleurs du mal et son recueil Spleen. Ce qui est d’actualité.           

mercredi 22 avril 2026

Ormuz ! Ormuz !est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ?

 

 Ormuz ! Ormuz !est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ?

                     par Christian Fremaux avocat honoraire

Comme pour toute chose les feuilletons lassent. L’émotion et l’indignation du début s’étiolent et on veut de la nouveauté surtout si on n’est pas directement impliqué. C’est cynique de l’écrire mais vrai. La moraline n’a jamais remplacé une vraie action qui se termine. La paix est au prix de la souffrance des uns et de l’impatience des autres.

 On commence à fatiguer malgré son importance avec les avancées millimétrées puis les reculs sur la guerre Israël-Usa contre Iran et proxis. Outre d’autres conflits passés aux abonnés absents comme celui opposant la Russie à l’Ukraine ou qui fictivement n’existeraient pas comme au Soudan ou ailleurs. Avec des chrétiens.  Ou renaissants avec le Liban.  Ce ne sont plus les vies disparues ou les blessures qui nous choquent on en a pris malheureusement l’habitude. Chacun s’apitoie pour tous ou selon ses propres convictions car la sensibilité orientée demeure. Avant le journal télévisé et ses horreurs on gère :« tu reprendras bien un petit whisky et que penses -tu du match de foot ou de rugby » ? Le secondaire continue avec le travail , les impôts et l’éducation des gosses. Et le coût de l’essence qui ne baisse pas : comment partir avec décontraction en week-end et en vacances ?  La vie est triste et dramatique car rien ne va et tout se vaut. Ce qui est le plus précieux l’existence tend à devenir une variable d’ajustement pour certains.  Des pays font le « boulot »à la place des autres (les démocraties occidentales ?) mais de quel boulot parle- t -on : éliminer des méchants ? Instaurer un régime plus humain ? Contre qui et pourquoi ? Tout devient relatif. On se gargarise de grands mots : il faut que cela cesse, c’est inadmissible, il faut agir. On ira jusqu’au bout... mais de quoi ? Sommes-nous tous responsables et solidaires de toutes les bagarres ou de certaines ?  

Je me réjouis de constater que nous avons en réserve un nombre impressionnant de généraux ou amiraux qui connaissent le domaine militaire. Ils l’ont jadis fréquenté et se sont mis à l’ordre du jour. Ils commentent ce qui pourrait se passer sans en savoir plus. Et sans avoir d’informations fiables sinon confidentielles donc à ne pas répéter. Ils sont confrontés sur les plateaux où l’on parle sans recevoir de la mitraille et sans risquer sa peau à des journalistes ou des experts de toute nature, patentés par eux -mêmes qui ont un avis formel pas forcément conforme à ceux qui sont sur le terrain. Et qui analysent avec force ce que M. Poutine dissimule ou devrait faire ; ce que M. Trump qui aime le golf a dit,  puis son contraire ; ou ce que doivent penser les gardiens de la révolution. Ils comptent même les armes qui resteraient et les moyens peut être à la disposition des belligérants ce qu’eux- mêmes n’évoquent jamais. Chapeau les techniciens. En pratique la fin ne peut venir que des politiques par la diplomatie.  Mais les membres du peuple doivent savoir car s’il y a des victimes ce seront eux. Ils auront été instruits.  

 Il suffit de regarder la télé pour savoir ce que fait ou doit faire secrètement l’ennemi. On est bien informés ! Sauf pour fournir la solution qui met fin aux combats car on ne peut imaginer ce que les acteurs prévoient raisonnablement ou non. Pourvu qu’on n’ait pas un affrontement qui éclate sur notre territoire à force de tergiverser et d’aider tout en disant que ce n’est pas le cas en rappelant les droits de l’homme et les exigences des discussions. Nos militaires en activité avec la dissuasion nucléaire faite pour ne pas être utilisée ni partagée, devront trouver d’urgence les résolutions idoines -de préférence « pacifiques » on dit armes défensives-et surtout les munitions dont parait-il nous n’avons pas un stock suffisant. La défense intérieure de notre nation compte aussi !  Le réarmement demandé par le président Macron est -il une exigence verbale, une sorte de tigre de papier notamment avec la brigade des Etats volontaires pour libérer le détroit d’Ormuz pour que nos carburants et le coût de la vie retrouvent un niveau acceptable. On devine ainsi qu’il faudra bloquer par exemple le tunnel sous la manche ou celui de Fréjus ou de Chamonix et désormais les Pyrénées vu les décisions de l’Espagne pour éviter les entrées intempestives .Et à Vintimille. Sans oublier d’étendre un filet gigantesque dans le ciel pour empêcher un missile ou un petit drone de faire du dégât. Mieux vaut persifler que pleurer. Chacun a les priorités qu’il peut !  Souvent matérielles au -delà de la vie et la mort. Les grands principes s’effacent devant la réalité.  Ainsi pour nos frontières qui va les défendre ? L’Europe et l’Otan ? Et nous mais comment ?     

On a compris que le droit international et l’Onu n’existent plus en fait. A chaque guerre on dit qu’elle est illégale ce qui va de soi et toutes les frappes le sont. Faut -il compter les morts y compris de faim, les blessés, les déplacés,  les destructions d’immeubles et quartiers et celles des installations stratégiques... Le droit maritime a coulé et on fait florès dans la formulation. Dire que « l’on bloque un blocus pour libérer ce qui était libre jadis » est génial pour la sémantique mais pas dans les conséquences. L’atmosphère est donc délétère et tend à la surenchère.  On doit être pour ou contre sans nuance sinon on est un extrémiste ou un sans- cœur à éliminer , moralement j’espère.

J’ai bien conscience que personne n’a la solution définitive ni sur le plan international ni sur le plan interne pour juguler la violence, la délinquance,  les excès sans fin, les demandes exponentielles pour tout et rien, le rejet de l’autre avec la haine existentielle. On assiste à des débats parlementaires extravagants. Personne ne veut céder sur rien même sur ce qui est insignifiant. On évacue les vrais problèmes à résoudre en étant dans l’idéologie ou le déni . Tout compromis est pris comme une trahison. On écarte d’office des millions d’électeurs qui auraient mal voté et que l’on veut obliger à accepter la doxa dominante. Des minuscules se croyant éclairés et sûrs de leurs vérités affirment même qu’il n’y a pas besoin du verdict des urnes :les élites seraient suffisantes ! Vive la démocratie. On va très loin dans la démagogie arbitraire. En parlant de racisme, de fascisme et désormais de populisme dangereux. Sans tenter d’en justifier. Mais qui craint le peuple ? Il est le maitre et son bulletin de vote vaut force de loi. 

Il faut que les mois qui nous séparent de l’élection présidentielle de 2027 soient utiles : que l’on mette les dossiers qui fâchent sur la table : insécurité, identité, immigration , retraite donc temps de travail et de repos,  niveau de vie, choix de nos valeurs républicaines et protection de la nation tant sur le plan interne qu’extérieur. On n’a pas besoin d’un ou d’une sauveur(e) mais de programmes crédibles,  vérifiés, chiffrés et applicables en entier par un candidat élu. Qui ne change pas d’avis ou d’alliance au gré des circonstances. Et qu’on utilise le référendum pour laisser les Français s’exprimer et donc respirer. En les laissant travailler s’ils sont volontaires .Le dogme nuit.  

Ne construisons pas un détroit d’Ormuz national pour tous les sujets. Changeons d’atmosphère.