Bataille navale à la royale ou
de flibustiers
Par Christian Fremaux avocat honoraire
L’avenir du
monde donc de la planète et de ceux qui y vivent ou survivent actuellement se
passe sur les mers. On révise notre géographie et chacun a acheté un atlas. Où
sont le golfe persique ou la mer d’Arabie, le golfe d’Oman voire d’Aden, les détroits d’Ormuz et de Malacca, les océans
indien et pacifique ? Et précédemment atlantique puisque les USA avait
fait un blocus du Vénézuéla avant de kidnapper le président Maduro. M. Trump
a aussi des visées sur le canal de Panama et le Groenland. Et entend que le
canal de Suez soit libre de circulation. C’est tout pour l’instant. La mer Méditerranée
reste où elle est avec ses fonctions traditionnelles. Les porte -avions peuvent
circuler.
Quand le président américain s’intéressera aux
pays terrestres et envisagera des débarquements on révisera où ils se situent ,
comment y accéder et les destinées des nations , des empires , des
coalitions avec l’histoire des peuples. Car la seule querelle qui vaille c’est
l’être humain. Toutes les guerres se font théoriquement pour son bonheur même
malgré lui, sachant que son contenu est
variable en fonction des démocraties, des théocraties, des dictatures, des
croyances et des vérités non démontrées. Il y a du pain sur la planche
intellectuelle et morale souvent glissante.
Pour l’instant il n’est pas nécessaire
d’avoir une carte détaillée de l’espace. Quoiqu’avec tous les missiles
de longue portée, des drones de plus en plus performants, les fusées et
toutes les communications et technologies qui passent par les satellites et qui
font marcher des armes qui tuent et détruisent mieux vaut en connaitre la
profondeur ou la hauteur.
Tous les
coups sont permis puisqu’on a commencé par nier et effacer le droit public international.
Dans tous les camps : les uns pour se défendre, les autres pour attaquer
pour échapper à un danger ou une intention hostile, tous en trouvant des
prétextes ou des justifications. L’éthique a disparu au nom de la vengeance et
de la survie ou de la volonté d’imposer ses évidences. Chacun accuse l’autre de
génocide et de crimes de guerre sinon contre l’humanité et condamne l’ennemi
aux foudres de la justice internationale qui n’y peut mais. Et dont on menace
les juges s’ils n’ont pas le bon profil ou une pré-décision qui va dans son
sens. Qui protégera les juges qui dans plusieurs années si tout va bien ,décideront
des responsabilités, diront qui a été l’agresseur et l’agressé, pour des motifs sérieux et respectables ou
non, s’il y avait légitime défense ou riposte disproportionnée avec des moyens
acceptables, et quelles sanctions contre
qui doivent être prononcées ?
En attendant
on n’utilise pas des pistolets à eau. Et on est dans un poker menteur.
Il semble
que M. Trump ait été surpris par les capacités militaires de l’Iran qui dans
une guerre asymétrique sur le papier fait front. Sans que l’on soit sûr de
l‘armement qui lui reste. On en est à des vedettes rapides. Les bombardements
ayant détruit les gros navires de guerre. Certes les mollahs ont eu 47 ans pour
se préparer et il faut admettre qu’ils ont bien réfléchi avec leur
organisation dite en mosaïque et que leur jusqu’au boutisme correspond à leur religion
qui vénère les martyrs. Cette occurrence n’autorise cependant pas certains à
considérer avec une quasi-bienveillance le régime théocratique et cruel des
ayatollahs au nom de la lutte du faible contre le fort ce dernier serait
-il critiquable. Ou d’un anti-américanisme primaire sinon d’un anti -sémitisme
qui ne se déclare pas. Car ce serait oublier
que l’Iran a des projets belliqueux envers l’Occident en général et des terroristes
qui travaillent pour son compte outre la volonté d’éradiquer Israël qui est une
démocratie et a le droit d’exister. Même si on peut rejeter sa politique
intransigeante et ses actions. Je plains le peuple iranien très civilisé et victime
qui vit dans la terreur et sous un régime de fer qui n’autorise pas la parole ou
le débat interne sur un destin collectif. Il doit se protéger contre ses propres
dirigeants. Quand l’idéologie règne, le malheur s’installe.
En Occident on ne raisonne pas ainsi, une vie
étant le bien le plus précieux. On discute publiquement des buts et objectifs,
on tente d’abord la médiation par la diplomatie en cas de conflit. Et quand on
se heurte à un mur ou un adversaire résolu à ne pas céder d’un pouce quitte à
disparaitre, quand les intérêts vitaux sont en jeu , on sort les armes . « Le
dernier argument des rois » était-il inscrit sur les canons de
Louis XIV.
Les Iraniens
n’ont pas d’amiral en chef puisque le jour même de sa désignation le guide
suprême a été éliminé ou quasiment. Mais il y a de nombreux capitaines de
vaisseaux et des marins qui savent manœuvrer. La simple possibilité d’existence
de mines dans un détroit et du démantèlement des câbles sous -marins sont une
arme redoutable. On n’est plus dans la royale avec ses codes d’honneur et
coutumes. De loyal on est passé à sournois. On est chez les flibustiers.
Dans une guerre asymétrique la fin justifierait tous les moyens. D’autant plus
que le blocus yankee semble avoir des trous. C’est une passoire flottante,
volontairement ou non.
Il y a un
jeu de société qui s’appelle la bataille navale pour les longues soirées
d’hiver quand il y a tempête au large. On joue au touché-coulé avec une
stratégie réfléchie, au chaud, dans le calme, en buvant un verre. Mais dans la vraie vie ce jeu fait des morts,
réellement. Et la Convention des nations unies sur le droit de la mer entrée en
vigueur en 1994 est devenue un chiffon de papier. Notons que les USA, Israël
et... le Venezuela n’ont pas ratifié l’accord. Et vogue la galère !
On a déjà connu
la politique de la canonnière, les pirates et les corsaires et la domination
des océans au profit des puissants. Aujourd’hui il faut sauver le soldat pétrole
et gaz et la technologie qui fait fonctionner le monde moderne et son train de
vie. Au passage les humains aussi, certains étant plus de qualité que d’autres.
M. Trump
sera- t -il Marc Aurèle avec comme second Cléopâtre qui a perdu la
bataille navale d’Actium ou au contraire Nelson qui a défait la flotte de Napoléon
à Trafalgar ? Les Iraniens sont- ils les dignes successeurs
d’Alexandre-Le-Grand le macédonien qui a conquis la Perse et était un stratège
hors pair ? Ou comme à Lépante subiront- ils le sort des Ottomans face à
la Sainte- Ligue ?
« Homme
libre, toujours tu chériras la mer » a écrit Charles Baudelaire dans les
Fleurs du mal et son recueil Spleen. Ce qui est d’actualité.
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