FAUT-IL DES LOIS
Par Christian Fremaux avocat
honoraire
Si les lois
positives c’est-à-dire celles votées après débats publics par le parlement
n’existaient pas ce serait la bataille sans règles de la jungle. A la vie à la
mort. Le plus fort l’emporterait. Certains comme les lanceurs d’alerte qui
n’ont pas la science infuse soutiennent qu’il y a des lois dites
« naturelles » qui n’ont pas besoin d’être écrites puisqu’elles vont
de soi (théorie de Hobbes). « J’ai raison sur tel ou tel sujet donc ce que
je fais est légitime. Pas légal car c’est contraire à la loi mais ma bonne foi
me permet d’agir comme je le souhaite.
Je veux avoir raison contre les plus nombreux ». Les exemples
contemporains sont légion .Souvent en utilisant le concept de la désobéissance
civile détourné de son sens originel.
Pourquoi
légifère- t -on ? A quoi sert une loi ? A-t-on besoin d’un texte qui
restreint des libertés ou les hiérarchise, ou qui aménage une activité ? Et
qui sanctionne ceux qui y dérogent ? Pour répondre à la question
il faut d’abord s’interroger sur la nature de l’homme. Croit-on comme J.J.
Rousseau que l’Homme est né bon sauvage et que c’est la société qui le
pervertit ? Ou est-on plutôt du
côté de Voltaire qui pense que la nature de l’homme n’est pas d’être un
primitif idéal mais une condition perfectible façonnée par la raison et le
progrès ? L’homme est -il un loup pour l’homme ? Selon la réponse, la portée de la loi varie. D’où les
contradictions violentes.
Si on affirme
que seuls nos idées et croyances sont la vérité , il n’est pas nécessaire de
créer des lois qui vont être par définition liberticides, puisqu’elles
empêchent l’individu de vivre à sa guise, sans tenir compte des autres.
La
démocratie n’est pas l’anarchie où chacun fait ce qui lui plait quand
il veut. Pour qu’une organisation fonctionne il faut des limites et des
arbitres avec des contraintes. L’Etat de droit ( Montesquieu en est l’ordinateur
pour combattre l’état de nature menant à l’état de guerre) dont on se gargarise
de nos jours exige une séparation des pouvoirs (donc une loi fondamentale votée
par le peuple) ; des élections libres ( avec une loi définie par avance
sans faire peser en permanence l’existence de prétendues ingérences qu’on ne
décrit pas ou ne prouve pas ) ; et des juges qui pour exister se fondent
sur des textes écrits préalablement. Ils interprètent les lois, passées au
crible de contrepouvoirs et après discussions.
Sans avoir à rendre de comptes à personne, d’où les remous actuels sur
la Justice.
La loi
apporte donc un espace de liberté puisque si on ne déborde pas du cadre on peut
jouir de ses droits sans problème
La loi n’est
pas le barreau d’une prison. Pour aller au frais carcéral (sauf en matière de
finance et de politique ) il faut ne pas avoir respecté soit
l’intégrité d’un humain soit avoir enfreint une règle édictée dans l’intérêt
général. Et avoir fait fort. On dit que les juges sont indulgents pour des
catégories de délinquants car la loi est laxiste ? Or la société a le
droit de se protéger et de punir ceux qui dévient. On a compris que la vision
de la détention qui permet la rédemption et la réinsertion a du plomb
dans l’aile : les victimes ont des droits et à juste titre
n’acceptent plus la quasi-impunité qui régnerait et veulent se faire entendre.
La loi est faite au nom du peuple français et les jugements et arrêts rendus
aussi. Le citoyen qui vote en veut pour son bulletin.
Les lois
n’enferment pas. Si elles sont courtes et bien rédigées. Elles permettent d’exercer ses prérogatives
validées par la société qui fluctue et évolue selon l’état d’esprit et la
conjoncture. Une maison a des fondations. Si on les détruit le bâtiment
s’effondre. Une société doit aussi avoir des piliers. Il faut les
renforcer en permanence et en bâtir d’autres .S’il y a un mouvement de terrain
elles doivent résister.
Doivent s’y
ajouter des valeurs (Liberté, Egalité, Fraternité , Laïcité dont le
contenu n’est pas compris de la même manière par tout le monde) . Si on ne
croit plus en rien tout peut arriver. On n’est pas dans le domaine du religieux
mais dans celui du spirituel et de l’identité. Si on pense que la République
est dépassée -au profit de quel système ? - ; si on estime que les
lois sont injustes parce que telle minorité politique n’est pas d’accord ou
choquée ; si on est persuadé que les juges ne sont pas impartiaux mais
qu’ils prennent des décisions de classe (ce qui est vrai pour une infime
minorité bruyante), alors le pacte social n’existe plus et on ouvre la porte à
toutes les aventures.
Sans oublier
qu’il y a des devoirs, grands oubliés des temps modernes. La liberté doit
se nourrir de contreparties et d’obligations. L’excès de libertés peut tuer la
liberté. L’Etat ou la bureaucratie anonyme ne cesse d’imposer des
réglementations. Est-ce que cela va mieux pour autant ? C’est la lourdeur
de l’étatisme et des normes qui tue la liberté.
Je préfère
un vif débat public les uns contre les autres, sur leurs programmes, sur leurs
intentions, plutôt qu’un concours d’invectives et de menaces. Tout n’est pas du
racisme ou du fascisme. Tout n’est pas du collectivisme et de la chasse aux
sorcières. Interdire par la loi n’est pas la solution. Les idées demeurent
et il faut convaincre. La loi n’est pas la panacée. Mais elle est
nécessaire. Il n’y a pas de solution miracle car l ‘Homme est ce
qu’il est. On ne peut nier la réalité. Il appartient aux gens de
bonne volonté de montrer le chemin et plaider sans cesse que la haine n’apporte
et ne résout rien. Albert Camus a écrit qu’il faut imaginer Sisyphe
heureux.
Dans le même
pays il y a des concurrents et des adversaires mais pas d’ennemis. Pour que la
société fonctionne dans l’harmonie il faut donc des lois. Mais pas des
lois de circonstances à chaque fois qu’il y a un fait divers. Ou
mémorielles pour remuer le couteau dans la plaie, sans fin. Ou pour
désigner un bouc émissaire, le faire taire. Trop de lois tue la loi. Des lois
qui globalement doivent donner un sens au peuple (d’où qu’il vienne) et une
vision d’avenir. Il faut donc élire des législateurs et non des militants
qui dépassent leurs partis et leurs petits intérêts. Vaste programme
actuellement aurait dit le général de Gaulle. A l’électeur de bien choisir
son représentant.
La loi
libère si elle porte en elle un espoir pour la société. Et donc pour l’être
humain. Celui-ci doit en tirer avantage s’il la respecte. La loi n’est pas
un pénitencier mais un garde -corps. Elle protège celui qui est attaqué. Et
permet l’offensive. Un obstacle serait-il légal se change s’il est le
symbole d’une injustice. Ou d’une impuissance régalienne.
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