jeudi 10 septembre 2026

Changer d’avis est-ce mentir ?

 

                                             Changer d’avis est-ce mentir ?

                         Par Christian Fremaux avocat honoraire

Il va falloir s’y habituer si ce n’est déjà le cas. D’ici la fin de la campagne présidentielle on va entendre tout et son contraire, prendre en flagrant délit des candidat-e-s qui vont dire qu’ils n’ont jamais dit cela ,que leurs propos sont déformés ou sortis du contexte, que c’est l’adversaire qui raconte n’importe quoi. On va tenter de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Avec les technologies nouvelles on va atteindre des sommets. Le citoyen va devoir démêler le vrai du faux et avoir son propre bon sens pour boussole car l’électeur n’est ni candide ni idiot. Il est parfois supérieur intellectuellement et moralement aux prétendues élites qui donnent des leçons. Être élu n’est pas avoir la science infuse. Si les politiques détenaient la vérité on le saurait depuis des lustres.

Chaque prétendant veut avoir le beau rôle quel que soit le sujet l C’est une posture car pour le fond on sait qu’on est incapable de changer seul les choses. Nos politiques sont des danseurs de tango un pas en avant et deux en arrière. Au son d’un grand orchestre cacophonique. Ça ne les gêne pas de revenir sur ce qu’ils avaient affirmé il y a des mois ou années avec force. Pour se faire élire. C’est vrai qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Mais comment avoir confiance sur le long terme dans les propositions des candidat-e-s ?  S’ils revariaient ? « C’est le vent qui tourne, pas les girouettes » a dit une personnalité à l’époque radicale-centriste (oxymore).  

A l’instar de ce qui existerait au Pays de Galles,  Mme Tondelier cheffe des verts veut une loi qui interdirait le mensonge sous peine de prison et d’inéligibilité à vie. Il risque de ne plus y avoir beaucoup d’élus au parlement même si les promesses n’engagent que ceux qui y croient !  Un engagement de campagne présumé ou devenu faux et tenu sur une estrade ou à la télévision est- il un mensonge ? Mme Tondelier pense -t -elle sincèrement que cette proposition est attendue par les Français et déterminante pour l’élection présidentielle ? Si elle n’a que cela dans sa besace c’est léger ! Les électeurs aiment les joutes verbales et attendent le grand débat du 2ème tour où personne n’est dupe. On sait que certains voire tous mentent ou expliquent leurs vérités, avec des promesses qui souvent restent lettres mortes . La pureté n’est pas une règle électorale. Et on n’a pas oublié où conduit le puritanisme.  

 Mme Tondelier veut que ce soit la Justice qui décide. Mais d’abord il faut un écrit validé par le conseil constitutionnel qui définisse la Vérité parfaite et indiscutable.  Car pas de condamnation sans texte . Ensuite il doit y avoir une plainte, de qui ? et un débat contradictoire avec le procureur qui doit prouver l’infraction et les droits de la défense. Les avocats plaident toujours la vérité de leurs clients. Qui sera victime partie civile : le peuple ?  Enfin les juges du siège trancheront. Or on connait le débat sur la justice à l’heure actuelle : que fait-on des magistrats engagés du syndicat de la magistrature ou des bâtisseurs du mur des cons ?  En raison des délais contentieux très longs la vérité judiciaire serait prononcée après un certain temps avec des recours possibles.

En outre avec l’IA il faudrait un robot pour vérifier les informations et les fake news qui prolifèrent avec des ingérences diverses qui sont difficiles à débusquer. La Vérité est de l’ordre philosophique. Socrate disait « je ne sais qu’une chose c’est que je ne sais rien ». Tout le reste est considération matérielle et point de vue subjectif ,les experts n’ayant pas la parole sacrée. Le chef de l’Etat est élu pour trouver des compromis entre des certitudes et des croyances et suggérer des politiques consensuelles pour rassembler et qui font progresser tous les citoyens et le pays. Une prétendue vérité factuelle ne fera pas le printemps de 2027. En 1981 le président de l’espoir François Mitterrand avait été élu avec un calendrier socialement et écologiquement progressiste. En 1983 ce fut le tournant de la rigueur. L’homme politique a- t- il menti ?  A bon entendeur salut.   

Mme Tondelier a donc perdu une bonne occasion de se taire. Avec Mme Sandrine Rousseau qu’elle se rende en Iran ou encore mieux en Afghanistan pour porter la bonne parole aux femmes martyrisées. Elle y trouvera le ministère de la promotion de la vertu et de la répression du vice. Donc de la vérité coranique interprétée par les talibans. Elle y prendra une leçon de liberté d’expression et de vivre. Et elle y prônera l’écologie dé-constructive. Sa participation dans l’élection présidentielle est bienvenue mais qu’elle traite de problèmes de sa compétence.

 M. Mélenchon a le mérite de la franchise. Il a été longtemps laïcard. La laïcité est une liberté de conscience et de s’habiller comme on veut dans l’espace privé. On peut déambuler en abaya et en voile chez soi ou à la mosquée.  Mais pas à l’école par exemple.  Dans les services publics la neutralité des institutions exige qu’on ne se distingue pas par le port de signes ou tenues ostensiblement religieux. Toute confession étant dans ce cas. L’Etat laïc selon la Constitution qui représente le peuple en son entier et pas une communauté en particulier n’a rien contre une croyance donnée. Il protège aussi ceux qui ne croient en rien et peuvent être choqués par un accoutrement spécifique. Dans la rue la burqa est interdite par une loi de 2010. Des pays musulmans sont très rigoureux pour ne pas tolérer un voile ou un bout de tissu sur la tête comme le minimise M. Mélenchon. Il sait que cela divise les Français mais il s’en moque puisqu’il a toujours la solution. S’il devenait Président adieu l’union de la nation.

M. Mélenchon a changé d’avis ce qui est son droit. Il a rencontré des gens (qui, combien ? ) mais pas Dieu,  et il est désormais convaincu que la bataille du voile et de l’abaya dans l’espace public est grotesque et discriminatoire. Et que c’est trop tard pour légiférer. Notons que quelques personnalités de droite baissent aussi les bras. On recule donc avant même d’avoir combattu ! Mme Tondelier ne l’accuse pas de mensonge - pour ses positions passées et sa candeur apparente d’aujourd’hui - puisqu’il se justifie en disant qu’il est de bonne foi. Être de bonne foi suffit donc pour la Vérité du jour. Que tout le monde se le dise, jusqu’à la droite effarouchée.  

Orson Welles a filmé « vérité et mensonge ».Edgar Faure ancien président du conseil a écrit dans ses mémoires « C’est un grand tort d’avoir toujours raison ». Faut-il être comme Janus en politique et être opportunément à géométrie variable si on veut réussir ?  Le prochain président/e sera-t-il celui ou celle qui a transformé le mensonge en vérité ou l’inverse ?  Nul n’est parfait. L’électeur subira. L’Etat de droit aussi.      

 

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