Changer d’avis est-ce mentir ?
Par Christian Fremaux avocat
honoraire
Il va
falloir s’y habituer si ce n’est déjà le cas. D’ici la fin de la campagne
présidentielle on va entendre tout et son contraire, prendre en flagrant délit
des candidat-e-s qui vont dire qu’ils n’ont jamais dit cela ,que leurs propos
sont déformés ou sortis du contexte, que c’est l’adversaire qui raconte n’importe
quoi. On va tenter de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Avec
les technologies nouvelles on va atteindre des sommets. Le citoyen va devoir démêler
le vrai du faux et avoir son propre bon sens pour boussole car l’électeur n’est
ni candide ni idiot. Il est parfois supérieur intellectuellement et moralement aux
prétendues élites qui donnent des leçons. Être élu n’est pas avoir la science
infuse. Si les politiques détenaient la vérité on le saurait depuis des lustres.
Chaque
prétendant veut avoir le beau rôle quel que soit le sujet l C’est une posture
car pour le fond on sait qu’on est incapable de changer seul les choses.
Nos politiques sont des danseurs de tango un pas en avant et deux en arrière.
Au son d’un grand orchestre cacophonique. Ça ne les gêne pas de revenir sur ce
qu’ils avaient affirmé il y a des mois ou années avec force. Pour se faire
élire. C’est vrai qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.
Mais comment avoir confiance sur le long terme dans les propositions des
candidat-e-s ? S’ils revariaient ?
« C’est le vent qui tourne, pas les girouettes » a dit une
personnalité à l’époque radicale-centriste (oxymore).
A l’instar
de ce qui existerait au Pays de Galles, Mme Tondelier cheffe des verts veut une loi
qui interdirait le mensonge sous peine de prison et d’inéligibilité à vie.
Il risque de ne plus y avoir beaucoup d’élus au parlement même si les
promesses n’engagent que ceux qui y croient ! Un engagement de campagne présumé ou devenu faux
et tenu sur une estrade ou à la télévision est- il un mensonge ? Mme
Tondelier pense -t -elle sincèrement que cette proposition est attendue par les
Français et déterminante pour l’élection présidentielle ? Si elle n’a que
cela dans sa besace c’est léger ! Les électeurs aiment les joutes verbales
et attendent le grand débat du 2ème tour où personne n’est dupe. On sait que
certains voire tous mentent ou expliquent leurs vérités, avec des promesses qui
souvent restent lettres mortes . La pureté n’est pas une règle électorale. Et
on n’a pas oublié où conduit le puritanisme.
Mme Tondelier veut que ce soit la Justice qui
décide. Mais d’abord il faut un écrit validé par le conseil
constitutionnel qui définisse la Vérité parfaite et indiscutable. Car pas de condamnation sans texte . Ensuite
il doit y avoir une plainte, de qui ? et un débat contradictoire avec
le procureur qui doit prouver l’infraction et les droits de la défense. Les
avocats plaident toujours la vérité de leurs clients. Qui sera victime partie
civile : le peuple ? Enfin les
juges du siège trancheront. Or on connait le débat sur la justice à l’heure
actuelle : que fait-on des magistrats engagés du syndicat de la magistrature
ou des bâtisseurs du mur des cons ? En raison des délais contentieux très longs la
vérité judiciaire serait prononcée après un certain temps avec des recours
possibles.
En outre
avec l’IA il faudrait un robot pour vérifier les informations et les fake
news qui prolifèrent avec des ingérences diverses qui sont difficiles à débusquer.
La Vérité est de l’ordre philosophique. Socrate disait « je ne sais qu’une
chose c’est que je ne sais rien ». Tout le reste est considération
matérielle et point de vue subjectif ,les experts n’ayant pas la parole sacrée.
Le chef de l’Etat est élu pour trouver des compromis entre des certitudes et
des croyances et suggérer des politiques consensuelles pour rassembler et qui font
progresser tous les citoyens et le pays. Une prétendue vérité factuelle ne fera
pas le printemps de 2027. En 1981 le président de l’espoir François Mitterrand
avait été élu avec un calendrier socialement et écologiquement progressiste. En
1983 ce fut le tournant de la rigueur. L’homme politique a- t-
il menti ? A bon entendeur
salut.
Mme
Tondelier a donc perdu une bonne occasion de se taire. Avec Mme Sandrine Rousseau
qu’elle se rende en Iran ou encore mieux en Afghanistan pour porter la bonne parole
aux femmes martyrisées. Elle y trouvera le ministère de la promotion de la
vertu et de la répression du vice. Donc de la vérité coranique interprétée par
les talibans. Elle y prendra une leçon de liberté d’expression et de
vivre. Et elle y prônera l’écologie dé-constructive. Sa participation dans
l’élection présidentielle est bienvenue mais qu’elle traite de problèmes de sa compétence.
M. Mélenchon a le mérite de la franchise. Il a
été longtemps laïcard. La laïcité est une liberté de conscience et de s’habiller
comme on veut dans l’espace privé. On peut déambuler en abaya et en voile chez soi
ou à la mosquée. Mais pas à l’école
par exemple. Dans les services publics
la neutralité des institutions exige qu’on ne se distingue pas par le port
de signes ou tenues ostensiblement religieux. Toute confession étant dans ce
cas. L’Etat laïc selon la Constitution qui représente le peuple en son entier
et pas une communauté en particulier n’a rien contre une croyance donnée.
Il protège aussi ceux qui ne croient en rien et peuvent être choqués par
un accoutrement spécifique. Dans la rue la burqa est interdite par une loi de
2010. Des pays musulmans sont très rigoureux pour ne pas tolérer un voile ou un
bout de tissu sur la tête comme le minimise M. Mélenchon. Il sait que cela
divise les Français mais il s’en moque puisqu’il a toujours la solution.
S’il devenait Président adieu l’union de la nation.
M. Mélenchon
a changé d’avis ce qui est son droit. Il a rencontré des gens (qui,
combien ? ) mais pas Dieu, et
il est désormais convaincu que la bataille du voile et de l’abaya dans
l’espace public est grotesque et discriminatoire. Et que c’est trop tard pour
légiférer. Notons que quelques personnalités de droite baissent aussi les
bras. On recule donc avant même d’avoir combattu ! Mme Tondelier ne
l’accuse pas de mensonge - pour ses positions passées et sa candeur apparente d’aujourd’hui
- puisqu’il se justifie en disant qu’il est de bonne foi. Être de bonne
foi suffit donc pour la Vérité du jour. Que tout le monde se le dise, jusqu’à
la droite effarouchée.
Orson Welles
a filmé « vérité et mensonge ».Edgar Faure ancien président du
conseil a écrit dans ses mémoires « C’est un grand tort d’avoir toujours raison ».
Faut-il être comme Janus en politique et être opportunément à géométrie
variable si on veut réussir ? Le
prochain président/e sera-t-il celui ou celle qui a transformé le mensonge
en vérité ou l’inverse ? Nul n’est
parfait. L’électeur subira. L’Etat de droit aussi.
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