mardi 11 août 2026

Par le petit bout de la lorgnette

 

                                            Par le petit bout de la lorgnette

                      Par Christian Fremaux avocat honoraire

Par le petit bout de la lorgnette le capitaine Crochet voyait tout mais de façon déformée. Il voulait sa revanche sur Peter Pan .En ayant peur du crocodile qui voulait le manger. Tic-tac .Avec une patte en bois il est difficile d’être agile. Pour l’instant la plus grande puissance militaire et économique- j’hésite pour le terme culturel- est freinée par ce qu’elle n’a pas prévu : des croyants qui sont « moins que rien » vu de loin et dictateurs pour leurs sujets mais qui ne cèdent pas et en rajoutent. Avec la bombe atomique dont les USA connaissent les effets pour l’avoir testée.  Il est odieux de rire du malheur des autres mais parfois on s’interroge sur le sens des décisions prises et des solutions proposées. Il faut savoir en terminer même si ce n’est pas entièrement satisfaisant, parfois sans vainqueur ni vaincu mais en préservant la vie. L’ego est secondaire. Et tout évolue , rien ne peut rester en l’état. Qu’on approuve ou qu’on déplore. Son propre confort n’est jamais acquis. On doit s’adapter en permanence. Et de surcroit on ne s’occupe pas de tous les conflits par exemple comme au Soudan ou au Nigeria.  Je ne parle pas du Sahel ou des Ouïgours. Ni des femmes afghanes. On choisit ses causes en fonction de son idéologie. Les guerres liées au narcotrafic qui se veut plus puissant que l’Etat font -elles partie d’un conflit spécifique même si elles sont d’une nature particulière qui dépassent les frontières et les territoires ? Qu’avons-nous manqué pour qu’il y ait autant de consommateurs malheureux de poudre ?  L’humanisme fait-il des tris ? Nous on s’occupe actuellement surtout du prix de l’essence, c’est égoïste mais humain. L’éthique dont on se gargarise attendra un peu, soyons francs !

 Le pseudo amiral Trump réformé dans sa jeunesse sauf erreur,  a le détroit d’Ormuz dans le collimateur pour qu’il redevienne aussi libre qu’il l’était jadis avant son attaque. Belle manœuvre. Pour mettre à genoux l’Iran à juste titre, ou non selon les proxis. qui ont la même haine que leurs frères perses pour le grand et le petit Satan.  Il est entouré de professionnels aguerris familiers des armes mais qui ne font pas sur le terrain la différence escomptée.  Le maitre auto -déclaré du monde ancien malgré les soubresauts des autres Etats et les exigences des nouvelles puissances et qui affirme avec arrogance  « j’ai gagné », considère que c’est la faute des Iraniens qu’il menace tout en les flattant , si la situation est figée. Pourquoi pas : chacun voit midi à sa porte et quand Dieu s’en mêle le temps n’a plus de chair et est sans fin. La raison se dissipe dans les croyances. Comment s’en sortir ? La capitulation ne semble pas être dans l’esprit des fous de Dieu.  

M. Poutine qui est un agresseur avéré quelles que soient ses bons selon lui ou mauvais motifs attend que l’Ukraine soit lâchée par ses alliés et que le blé – l’argent pas les céréales - commence à manquer. Il compte sur l’usure du temps, l’exaspération des démocraties qui doivent faire face à leurs problèmes, sinon le changement politique de dirigeants. Il espère que son armée va reprendre du poil de la bête. Car comme la garde, la troupe ennemie quasiment meurt mais ne se rend pas et ses drones font des dégâts. En regardant la guerre sur des écrans en compagnie de ses maréchaux aux ordres,  M. Poutine doit croire que c’est un jeu vidéo et qu’à la fin il gagnera, quitte à tricher .En remettant des sous dans la machine.  En attendant les destructions et les morts et blessés s’accumulent. Quel objectif final poursuit le tsar ? Le sait- il ?   

Israël joue sa survie et combat les Etats qui veulent sa disparition .Il sait qui veut sa peau mais il la défend chaque jour contre les missiles qui viennent de loin. Voire de sociétés civilisées qui entretiennent un foyer mental de menaces contre lui. Les mouvements free-Palestine sont partout y compris à Sciences Po paris qui pourtant est réputé comme un lieu où l’on doit débattre et où la tolérance devrait être une vertu cardinale. Si les étudiants sont violents physiquement et prêchent la haine ou le rejet de l’autre que deviendront- ils quand ils seront adultes ? On a connu les inquisiteurs et Fouquier-Tinville. Le petit bout de la lorgnette conduit à la vengeance. Qu’ils retrouvent une vraie vision humaniste et discutable par la conviction. Pour que tous les membres de la nation vivent entre eux et non face à face.  Certes l’université notamment n’a jamais été calme mais les bagarres et les oukazes bousculent la démocratie, la nôtre en particulier et y créent un climat de violence dramatique et inquiétant. Que la bataille présidentielle pour 2027 ne va pas apaiser.

Les institutions internationales s’émeuvent un peu plus chaque jour : il faut que ces « boucheries illégales » cessent immédiatement comme si le droit international public créé il y a des décennies dans un contexte d’après -guerre était une armure et une obligation d’ailleurs non sanctionnée. C’est martial. Mais vain. Les Etats ne respectent plus les règles et ce qui n’est pas un Etat mais une entité fantôme ou un groupuscule, ou des terroristes sans chef ni doctrine avec seulement des slogans et des armes, peuvent avoir une puissance de nuisance et une capacité considérables à faire le mal. Il n’y a plus de hiérarchie. Le vocabulaire fluctue : des terroristes deviennent des résistants et des victimes sont des coupables. Leur tort est qu’elles existent et revendiquent le seul droit de vivre. On veut les priver de respirer de l’air. Et d’être. Le terme génocide est à géométrie variable et bien que les instances supérieures dénient son existence, les militants les plus endoctrinés y croient dur comme fer. Même si les crimes inadmissibles existent. Comme si la violence ou l’assassinat étaient parfois tolérables.

 Le monde se recompose politiquement voire géographiquement. Des secteurs entiers passent à des mains nouvelles, les ethnies se confondent ,les populations se mêlent , la religion est partout, et les frontières ne sont plus respectées. Il faut regarder la planète comme elle est devenue et admettre que les générations passées au pouvoir ont échoué. Mais elles ne sont pas seules responsables. Chaque individu a voulu toujours plus de privilèges et de reconnaissance ; que l’adversaire devenu l’ennemi trépasse ; que les autres n’aient rien ; que son échec personnel soit la faute des autres ; que son Etat soit puissant et soumette ceux qui ne le sont pas.... L’homme est-il né bon comme l’affirmait J.J. Rousseau ? J’en doute avec Voltaire. Ne continuons pas sur cette lancée qui n’aboutira qu’au chaos .Place à la diplomatie et à la concertation. Donc aux concessions. Car la force ne conduit qu’à l’escalade et au désastre. Que chacun mesure ses ambitions et limite ses désirs et que l’on pense au collectif dans tous les domaines. C’est ce que je voudrai voir avec mes jumelles de rentrée.