Par le petit bout de la lorgnette
Par Christian Fremaux avocat
honoraire
Par le petit
bout de la lorgnette le capitaine Crochet voyait tout mais de façon déformée.
Il voulait sa revanche sur Peter Pan .En ayant peur du crocodile qui voulait le
manger. Tic-tac .Avec une patte en bois il est difficile d’être agile. Pour
l’instant la plus grande puissance militaire et économique- j’hésite pour le
terme culturel- est freinée par ce qu’elle n’a pas prévu : des croyants
qui sont « moins que rien » vu de loin et dictateurs pour leurs
sujets mais qui ne cèdent pas et en rajoutent. Avec la bombe atomique dont les
USA connaissent les effets pour l’avoir testée. Il est odieux de rire du malheur des
autres mais parfois on s’interroge sur le sens des décisions prises et des
solutions proposées. Il faut savoir en terminer même si ce n’est pas
entièrement satisfaisant, parfois sans vainqueur ni vaincu mais en préservant
la vie. L’ego est secondaire. Et tout évolue , rien ne peut rester en l’état.
Qu’on approuve ou qu’on déplore. Son propre confort n’est jamais acquis. On
doit s’adapter en permanence. Et de surcroit on ne s’occupe pas de tous les
conflits par exemple comme au Soudan ou au Nigeria. Je ne parle pas du Sahel ou des Ouïgours. Ni des
femmes afghanes. On choisit ses causes en fonction de son idéologie. Les guerres
liées au narcotrafic qui se veut plus puissant que l’Etat font -elles partie
d’un conflit spécifique même si elles sont d’une nature particulière qui dépassent
les frontières et les territoires ? Qu’avons-nous manqué pour qu’il y ait
autant de consommateurs malheureux de poudre ? L’humanisme
fait-il des tris ? Nous on s’occupe actuellement surtout du prix de
l’essence, c’est égoïste mais humain. L’éthique dont on se gargarise attendra
un peu, soyons francs !
Le pseudo amiral Trump réformé dans sa
jeunesse sauf erreur, a le détroit
d’Ormuz dans le collimateur pour qu’il redevienne aussi libre
qu’il l’était jadis avant son attaque. Belle manœuvre. Pour mettre
à genoux l’Iran à juste titre, ou non selon les proxis. qui ont la même
haine que leurs frères perses pour le grand et le petit Satan. Il est entouré de professionnels
aguerris familiers des armes mais qui ne font pas sur le terrain la différence
escomptée. Le maitre auto -déclaré du
monde ancien malgré les soubresauts des autres Etats et les exigences des nouvelles
puissances et qui affirme avec arrogance « j’ai gagné », considère
que c’est la faute des Iraniens qu’il menace tout en les flattant , si la situation
est figée. Pourquoi pas : chacun voit midi à sa porte et quand Dieu s’en
mêle le temps n’a plus de chair et est sans fin. La raison se dissipe dans les
croyances. Comment s’en sortir ? La capitulation ne semble pas être dans l’esprit
des fous de Dieu.
M. Poutine
qui est un agresseur avéré quelles que soient ses bons selon lui ou mauvais motifs
attend que l’Ukraine soit lâchée par ses alliés et que le blé – l’argent pas
les céréales - commence à manquer. Il compte sur l’usure du temps,
l’exaspération des démocraties qui doivent faire face à leurs problèmes, sinon le
changement politique de dirigeants. Il espère que son armée va reprendre du
poil de la bête. Car comme la garde, la troupe ennemie quasiment meurt
mais ne se rend pas et ses drones font des dégâts. En regardant la guerre sur
des écrans en compagnie de ses maréchaux aux ordres, M. Poutine doit croire que c’est un jeu vidéo
et qu’à la fin il gagnera, quitte à tricher .En remettant des sous dans la
machine. En attendant les destructions
et les morts et blessés s’accumulent. Quel objectif final poursuit le
tsar ? Le sait- il ?
Israël joue
sa survie et combat les Etats qui veulent sa disparition .Il sait qui veut sa
peau mais il la défend chaque jour contre les missiles qui viennent de
loin. Voire de sociétés civilisées qui entretiennent un foyer mental de menaces
contre lui. Les mouvements free-Palestine sont partout y compris à Sciences Po
paris qui pourtant est réputé comme un lieu où l’on doit débattre et où la
tolérance devrait être une vertu cardinale. Si les étudiants sont violents physiquement
et prêchent la haine ou le rejet de l’autre que deviendront- ils quand ils
seront adultes ? On a connu les inquisiteurs et Fouquier-Tinville. Le petit
bout de la lorgnette conduit à la vengeance. Qu’ils retrouvent une vraie vision
humaniste et discutable par la conviction. Pour que tous les membres de la
nation vivent entre eux et non face à face. Certes l’université notamment n’a jamais été
calme mais les bagarres et les oukazes bousculent la démocratie, la nôtre en
particulier et y créent un climat de violence dramatique et inquiétant. Que la
bataille présidentielle pour 2027 ne va pas apaiser.
Les
institutions internationales s’émeuvent un peu plus chaque jour :
il faut que ces « boucheries illégales » cessent immédiatement
comme si le droit international public créé il y a des décennies dans un
contexte d’après -guerre était une armure et une obligation d’ailleurs non sanctionnée.
C’est martial. Mais vain. Les Etats ne respectent plus les règles et ce qui
n’est pas un Etat mais une entité fantôme ou un groupuscule, ou des terroristes
sans chef ni doctrine avec seulement des slogans et des armes, peuvent avoir
une puissance de nuisance et une capacité considérables à faire le mal. Il n’y
a plus de hiérarchie. Le vocabulaire fluctue : des terroristes deviennent
des résistants et des victimes sont des coupables. Leur tort est qu’elles
existent et revendiquent le seul droit de vivre. On veut les priver de respirer
de l’air. Et d’être. Le terme génocide est à géométrie variable et bien que les
instances supérieures dénient son existence, les militants les plus endoctrinés
y croient dur comme fer. Même si les crimes inadmissibles existent. Comme si la
violence ou l’assassinat étaient parfois tolérables.
Le monde se recompose politiquement voire géographiquement.
Des secteurs entiers passent à des mains nouvelles, les ethnies se confondent
,les populations se mêlent , la religion est partout, et les frontières ne sont
plus respectées. Il faut regarder la planète comme elle est devenue et
admettre que les générations passées au pouvoir ont échoué. Mais elles ne sont
pas seules responsables. Chaque individu a voulu toujours plus de privilèges et
de reconnaissance ; que l’adversaire devenu l’ennemi trépasse ; que
les autres n’aient rien ; que son échec personnel soit la faute des
autres ; que son Etat soit puissant et soumette ceux qui ne le sont
pas.... L’homme est-il né bon comme l’affirmait J.J. Rousseau ? J’en
doute avec Voltaire. Ne continuons pas sur cette lancée qui n’aboutira qu’au
chaos .Place à la diplomatie et à la concertation. Donc aux
concessions. Car la force ne conduit qu’à l’escalade et au désastre. Que chacun
mesure ses ambitions et limite ses désirs et que l’on pense au collectif dans
tous les domaines. C’est ce que je voudrai voir avec mes jumelles de
rentrée.