Programme fantôme pour un non -
candidat déclaré
Par Christian Fremaux avocat
honoraire
Comme pour tous
ceux et celles qui seraient susceptibles d’être candidats à l’élection présidentielle
j’ai beaucoup réfléchi avant de prendre une décision qui allait
bouleverser le pays et notamment pendant la mi-temps du match de foot France -Angleterre,
la canicule nous ayant fait perdre nos moyens. C’est officiel : je ne suis
pas candidat à la magistrature suprême. J’entends les soulagements car j’aurai
pu réussir et prendre la place d’une personnalité qui a besoin d’une
fonction pour vivre et être. J’ai hésité et j’ai laissé planer le doute dans
mon cerveau qui certes est étroit mais qui s’est étonné de déclarations qui me
dépassent. Et je constate qu’il y a des esprits brillants.
Ainsi un jeune
et sémillant candidat en bras de chemise et vieux en politique déjà en lice
malgré la sécheresse qui inquiète les agriculteurs et les feux de forêt qui
concernent les citoyens dans leurs biens et leurs vies. Il ne prend pas de vacances
d’été ce qu’il reproche à demi -mot à ses concurrents .Il a démarré fort et a
fait sur le terrain une démarche éclatante de hauteur auprès des gens du voyage,
population importante certes mais quelque peu très minoritaire : ils ont
le droit de circuler mais ils doivent stationner là où l’on leur dit de camper.
Et ne rien exiger. Personne ne peut imposer
son mode de vie aux autres. C’est donc un adepte forcené de la laïcité ce qui
me rassure vu les problèmes religieux et civilisationnels que l’on connait. Je me
réjouis de sa position notamment pour les rave -parties ; les
manifestations interdites ; les squats ; les interdictions de
circuler pour les mineurs tard le soir ; les occupations illégales du
domaine public ; les bagarres et rixes devant des établissements privés. Enfin
les arrêtés des maires que les juges administratifs annulent. Le candidat est
contre tout ce qui ne respecte pas la loi et nos valeurs républicaines. S’il
avait pu agir ainsi quand il était aux affaires j’aurais applaudi. « Tu
casses tu répares , tu salis tu nettoies, tu défies l’autorité on t’apprend à
la respecter ». J’achète la formule si elle est applicable concrètement
dans l’intérêt général qui n’est pas la somme des intérêts particuliers.
D’autres
candidats potentiels affinent leurs réflexions et attendent qu’un courant
favorable les porte vers les sommets. On n’a jamais eu autant de futurs sauveurs
et hommes/femmes providentiels. Certains ne se rappellent plus qu’ils ont déjà
participé au fiasco. Ils ont échoué mais savent désormais ce qu’il faut
faire, quelles mesures prendre, comment redresser le pays à impôts constants et
sans dépenses supplémentaires, sans discriminations, en protégeant toutes les
libertés et en instaurant la paix publique cela va de soi. Ils ne disent
rien de peur qu’on leur pique leurs recettes magiques, sans perdants ni exclus
et sans polémiques . Ils sont ouverts d’esprit et au portefeuille des
autres. Mais ils se tiennent prêts. La République
les attend comme le messie. Ce sont des grenouilles qui veulent se faire plus
grosses que les bœufs. J’exagère bien sûr
et me moque méchamment car il va y avoir des candidats sérieux, pragmatiques et
républicains. Quand chacun aura éliminé son concurrent de son camp ; quand
des amis auront trahi ; quand des alliances contre nature se seront reconstituées
au nom de la morale c’est-à-dire l’exclusion des extrêmes dangereux (de droite en général), le bloc central qualifié de la raison celui
qui gouverne depuis des lustres trouvera son candidat final et résiduel et le
bon peuple ne subira aucune ingérence étrangère en votant pour cette lumière.
Je ferai pareil car je ne crois pas aux
extrêmes et qu’il faille renverser la table. Mais revoir tous nos dispositifs
oui. Chacun constate qu’il n’y a pas un seul domaine qui marche. Et pourtant
les caisses sont vides. Nos pompiers ont été privés d’eau et d’avions ; nous
n’aurions plus assez de munitions pour une guerre éclair ; les policiers
et gendarmes roulent dans des poubelles ; les juges et greffiers manquent
de papier et de stylos ; les caisses de retraite sont à bout; la S.S. est malade et l’ hôpital à l’agonie ;
les logements sont rares et chers; les services publics ne fonctionnent
plus...N ‘en jetez plus la cour est pleine de demandes toutes prioritaires
et urgentes. Bien connues.
Il nous faut
en réalité non pas un Mozart ou un Pic de la Mirandole prétendant détenir la
vérité. Il faudra une personnalité qui a les pieds sur terre, n’est pas
dans le déni ou le sectarisme, tient la caisse comme le particulier gère son
budget, s’entoure de visionnaires pour les années à venir, rende des comptes régulièrement,
interroge fréquemment les Français pour leur demander leur avis .Il devra
savoir dire non. Et libérer des contraintes les entreprises, alléger la
bureaucratie et laisser les élus locaux gérer leurs territoires sans leur permettre
de faire renaitre des féodalités à vie. Les seigneurs dits « élites »
ont fait leur temps.
Il aura la mission de recréer un Etat moins
providence mais fort et réduit au régalien dont la sécurité globale et la
solidarité, décideur après débats publics des grandes causes. Avec une sorte
de « spoil system » à l’américaine. C’est-à-dire un Etat profond coopératif avec
nos hauts fonctionnaires dont la qualité est reconnue, qui encouragent et ne
freinent pas les initiatives. Sans principe de précaution décourageant. Et une
justice incontestable avec pour les juges une responsabilité personnelle
contrepartie de leur indépendance car il faut des arbitres et un état de
droit insoupçonnables. On doit pouvoir réformer y compris les grands principes sans
qu’aussitôt ce soit le drame. Car les priorités ont changé. Personne ne voulant sortir de son pré- carré
il faudra être ferme. Au nom de la
liberté d’expression il ne faut écarter d’office aucune tendance. Les
citoyens comprennent et ne se laissent pas manipuler. On n’a pas besoin de prétendus
lanceurs d’alerte . Notre Constitution et nos institutions sont solides ,elles
peuvent être revues, réinventées. La République n’est pas en danger et ce qui
compte c’est l’application d’un programme réaliste, dynamique et innovant donc
déplaisant aux bien- pensants ou idéologues partisans de l’immobilisme et du
dogmatisme, et soutenu par une majorité que les citoyens doivent élire. Sans se
perdre dans la démagogie et émietter le parlement donc le paralyser.
Si j’avais
été candidat j’aurais parlé des milliards de la dette alors qu‘il y a 52 % des
citoyens qui ne paient pas l’impôt. Faux débat. Et évoqué l’immigration qui
concerne notre identité et nos valeurs. Je serai devenu xénophobe méchant. Comme
la nation a le droit de se protéger on m’aurait traité de nationaliste malsain.
En affirmant que les riches produisent aussi des richesses M. Zucman m’aurait
traité d’incompétent antisocial. Outre que le travail doit payer. J’ai bien
fait de n’être pas candidat.
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