jeudi 11 juin 2026

La justice en tous ses états

 

                                  La justice en tous ses états

                                         Par Christian Fremaux avocat honoraire

Être dans tous ses états signifie qu’on est perturbé, choqué, qu’on n’y croit plus. Avec l’assassinat pervers d’une petite fille innocente à partir d’une mise en confiance banale avec des soirées pyjama et des goûters apportés à la victime. J’ose écrire sous la quasi-stupéfaction des familiers qui considéraient le meurtrier marié et père de famille comme plutôt sympa. bien que tordu ! La France pleure et culpabilise car ce qui est arrivé à Lyhanna aurait pu survenir à n’importe quelle ingénue. La sienne en particulier.  Il faut trouver un bouc émissaire si possible, outre des dysfonctionnements. Mais pas de concours Lepine de propositions miracles inapplicables. Ce qui est le propre des démagogues. 

Une petite fille dont la mère avait prévenu les autorités des actes graves qu’elle avait subis est morte de l’inertie des responsables.  On ne peut croire qu’à notre époque rien n’a été entrepris y compris au minimum l’audition du supposé coupable bien que présumé innocent !Que la plaignante la mère pour son enfant n’a pas été crue malgré les éléments médicaux ; qu’en dépit des signalements les forces de l’ordre sous les instructions des procureurs voire d’initiatives vu la gravité des faits n’ont pas pris des mesures car débordées par la multitude des personnes à entendre dans d’autres dossiers et pour vérifier des dires extravagants, c’est hallucinant mais véridique. Ou bien parce qu’elles sont exaspérées par les dénonciations sans fondement souvent ou qu’elles ne peuvent répondre que l’enquête est en cours car cela dépend aussi des instructions qu’elles reçoivent notamment des procureurs.  Ou qu’elles sont fatiguées par l’insistance d’une partie,  la mère en l’occurrence.  Pendant ce temps le suspect qui vit avec ses pulsions, non interrogé, non convoqué, interdit de rien puisque seul un juge a le pouvoir de prononcer des empêchements,  continue son manège en toute impunité et pense qu’il n’aura jamais de problèmes. Jusqu’à ce qu’il passe à l’acte. II suffit d’une fois et c’est trop tard. L’individu multi -repéré et signalé a pu continuer à agir librement sans contrainte. Mais l’échec n’est pas collectif. Tous les citoyens n’ont pas une erreur à se reprocher ! Et que fait -on des criminels ? Nos humanistes doivent se prononcer.

Dans le cas de Lyhanna des inspections vont sûrement trouver des défaillances individuelles, des erreurs humaines avec un manque d’écoute et d’empathie, un emploi du temps surchargé, une chaine pénale qui n’a pas fonctionné, des instructions ministérielles non respectées,  un droit trop compliqué dans son formalisme, l’impossibilité de garder à vue ou de condamner sans preuve ou à défaut d’un faisceau d’indices concordants... Enfin mille explications ou excuses institutionnelles ou autres dont des moyens insuffisants et un budget famélique malgré les efforts des années passées qui montre combien on estime peu la justice. Et qu’en réalité on n’aime pas les juges qui sont indépendants -par rapport à quoi et à qui ? -et qui pour certains se sont arrogé le pouvoir de bâtir une société selon leurs visions par leur jurisprudence sans demander l’avis du peuple français au nom duquel ils se prononcent. Et avec quelles responsabilités puisqu’on ne peut les poursuivre individuellement en cas de faute personnelle, à rebours de toute autre profession toute aussi importante. Outre le fait qu’on ne peut critiquer des décisions surprenantes. Le justiciable est persuadé qu’il y a une justice à plusieurs vitesses, des priorités décidées par les seuls magistrats selon leur éthique et l’exemplarité qu’ils veulent instaurer dans l’intérêt général comme les délits financiers et l’utilisation de l’argent public , en entendant parfois à juste titre une certaine opinion publique contre les délits et crimes sexuels et sexistes. Ou les débats d’opinion. Le justiciable a la conviction que les juges ont de la préférence pour les coupables plutôt que les victimes, que les médias influencent la justice et que la politique s’en mêle. Chacun peut citer le cas qui le concerne ou le préoccupe car que ceux qui un jour n’ont pas eu affaire à la justice de près ou de loin lèvent le doigt. Tout citoyen est un justiciable qui s’ignore puisque nul n’est censé ignorer la loi. Je ne parle pas des délinquants volontaires ni des bourreaux ni des barbares, ni de tous ceux que l’on qualifie de déséquilibrés et qui frappent pour un rien mineurs compris ,ce qui fait du monde. Tant qu’on ne sortira pas des préjugés et des corporatismes on ne règlera rien. Tout n’est pas une question de gros sous et de ressources matérielles ou humaines. On peut multiplier le nombre de procureurs et de juges et de greffiers-outre les forces de l’ordre qui on l’a vu n’arrêtent pas tous les casseurs-et on peut rebâtir les palais de justice, les doter de moyens numériques performants, ce sera toujours insuffisant car l’homme est ce qu’il est et il faut s’adapter aux nouveaux paradigmes et aux menaces qui explosent notamment celles de proximité. L’état d’esprit doit changer. Nos parlementaires se bataillent pour des futilités, pour prendre le pouvoir, pour garder leurs sièges. Tout n’est pas que fascisme et racisme. Il y a des sujets consensuels. Pour combattre le mal notamment sous toutes ses formes.

 Les juges comblent les vides délaissés par nos parlementaires. S’indigner est sain mais il vaut mieux agir et donner aux magistrats les armes légales nécessaires pour éviter le prétendu laxisme ou le manque de place de prison qui serait l’école de la récidive . Cette idéologie nous a fait du mal. Comme le fameux sentiment d’insécurité ! L’autorité, la sanction, l’ordre républicain ,  la conscience , le bon sens et le courage sont les maitres mots. C’est cela l’indépendance. Les magistrats qui devraient être cadrés à juste titre pour ne pas être laissés à leurs seules croyances après débats par la représentation nationale , sont fondamentaux dans un état de droit. Sans arbitres objectifs il n’y a pas de match. Ni de démocratie. La Bruyère avait écrit : « le devoir des juges est de rendre la justice.  Leur métier est de la différer. Quelques- un savent leur devoir et font leur métier ». La majorité des magistrats est irréprochable.  Ne tirons pas sur une ambulance .La Justice était un monument en péril.  Elle est désormais en ruine. Il va falloir reconstruire à froid par la raison. Sans idéologie. On hurle aujourd’hui contre la justice pénale pointe de l’iceberg malgré le nombre des dossiers. Mais tous les avocats relégués au rang d’auxiliaires de justice comme si celle- ci n’appartenait qu’aux magistrats , savent ce qu’il en est sur le plan civil, commercial ,prud’homal et pour les affaires personnelles. Obtenir une date d’audience puis la copie du jugement ou simplement parler au juge, est le parcours du combattant.  On ne peut donner aucune réponse au client.  Et pourtant pour ces dossiers il y a aussi des situations dramatiques.

Je m’étonne que l’on s’étonne que la Justice en général ne fonctionne plus .Tous les responsables politiques dont M. Macron ou les professionnels le savent depuis des décennies .Que le ministre démissionne ne changera rien .Lyhanna ne reviendra plus. Il faut un drame pour qu’on s’émeuve. C’est consternant. Le peuple français n’a pas la justice qu’il mérite.  

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