La justice
en tous ses états
Par Christian Fremaux avocat
honoraire
Être dans tous ses états signifie qu’on est perturbé,
choqué, qu’on n’y croit plus. Avec l’assassinat pervers d’une petite fille innocente
à partir d’une mise en confiance banale avec des soirées pyjama et des goûters
apportés à la victime. J’ose écrire sous la quasi-stupéfaction des familiers
qui considéraient le meurtrier marié et père de famille comme plutôt sympa. bien
que tordu ! La France pleure et culpabilise car ce qui est arrivé à Lyhanna
aurait pu survenir à n’importe quelle ingénue. La sienne en particulier. Il faut trouver un bouc émissaire si
possible, outre des dysfonctionnements. Mais pas de concours Lepine de
propositions miracles inapplicables. Ce qui est le propre des démagogues.
Une petite fille dont la mère avait prévenu les autorités
des actes graves qu’elle avait subis est morte de l’inertie des responsables. On ne peut croire qu’à notre époque rien n’a
été entrepris y compris au minimum l’audition du supposé coupable bien que
présumé innocent !Que la plaignante la mère pour son enfant n’a pas été
crue malgré les éléments médicaux ; qu’en dépit des signalements les forces
de l’ordre sous les instructions des procureurs voire d’initiatives vu la
gravité des faits n’ont pas pris des mesures car débordées par la multitude des
personnes à entendre dans d’autres dossiers et pour vérifier des dires
extravagants, c’est hallucinant mais véridique. Ou bien parce qu’elles sont exaspérées
par les dénonciations sans fondement souvent ou qu’elles ne peuvent répondre
que l’enquête est en cours car cela dépend aussi des instructions qu’elles
reçoivent notamment des procureurs. Ou
qu’elles sont fatiguées par l’insistance d’une partie, la mère en l’occurrence. Pendant ce temps le suspect qui vit avec ses
pulsions, non interrogé, non convoqué, interdit de rien puisque seul un juge a
le pouvoir de prononcer des empêchements,
continue son manège en toute impunité et pense qu’il n’aura jamais
de problèmes. Jusqu’à ce qu’il passe à l’acte. II suffit d’une fois et c’est
trop tard. L’individu multi -repéré et signalé a pu continuer à agir
librement sans contrainte. Mais l’échec n’est pas collectif. Tous les citoyens
n’ont pas une erreur à se reprocher ! Et que fait -on des criminels ? Nos
humanistes doivent se prononcer.
Dans le cas de Lyhanna des inspections vont sûrement
trouver des défaillances individuelles, des erreurs humaines avec un manque
d’écoute et d’empathie, un emploi du temps surchargé, une chaine pénale qui n’a
pas fonctionné, des instructions ministérielles non respectées, un droit trop compliqué dans son formalisme,
l’impossibilité de garder à vue ou de condamner sans preuve ou à défaut d’un
faisceau d’indices concordants... Enfin mille explications ou excuses
institutionnelles ou autres dont des moyens insuffisants et un budget famélique
malgré les efforts des années passées qui montre combien on estime peu la
justice. Et qu’en réalité on n’aime pas les juges qui sont indépendants -par
rapport à quoi et à qui ? -et qui pour certains se sont arrogé le pouvoir
de bâtir une société selon leurs visions par leur jurisprudence sans demander
l’avis du peuple français au nom duquel ils se prononcent. Et avec
quelles responsabilités puisqu’on ne peut les poursuivre individuellement en cas
de faute personnelle, à rebours de toute autre profession toute aussi importante.
Outre le fait qu’on ne peut critiquer des décisions surprenantes. Le
justiciable est persuadé qu’il y a une justice à plusieurs vitesses, des priorités
décidées par les seuls magistrats selon leur éthique et l’exemplarité qu’ils
veulent instaurer dans l’intérêt général comme les délits financiers et
l’utilisation de l’argent public , en entendant parfois à juste titre une
certaine opinion publique contre les délits et crimes sexuels et sexistes. Ou
les débats d’opinion. Le justiciable a la conviction que les juges ont de la préférence
pour les coupables plutôt que les victimes, que les médias influencent la
justice et que la politique s’en mêle. Chacun peut citer le cas qui le concerne
ou le préoccupe car que ceux qui un jour n’ont pas eu affaire à la justice de
près ou de loin lèvent le doigt. Tout citoyen est un justiciable qui s’ignore
puisque nul n’est censé ignorer la loi. Je ne parle pas des délinquants
volontaires ni des bourreaux ni des barbares, ni de tous ceux que l’on qualifie
de déséquilibrés et qui frappent pour un rien mineurs compris ,ce qui fait du
monde. Tant qu’on ne sortira pas des préjugés et des corporatismes on ne
règlera rien. Tout n’est pas une question de gros sous et de ressources
matérielles ou humaines. On peut multiplier le nombre de procureurs et de juges
et de greffiers-outre les forces de l’ordre qui on l’a vu n’arrêtent pas tous
les casseurs-et on peut rebâtir les palais de justice, les doter de moyens numériques
performants, ce sera toujours insuffisant car l’homme est ce qu’il est et
il faut s’adapter aux nouveaux paradigmes et aux menaces qui explosent
notamment celles de proximité. L’état d’esprit doit changer. Nos parlementaires
se bataillent pour des futilités, pour prendre le pouvoir, pour garder leurs
sièges. Tout n’est pas que fascisme et racisme. Il y a des sujets
consensuels. Pour combattre le mal notamment sous toutes ses formes.
Les juges comblent
les vides délaissés par nos parlementaires. S’indigner est sain mais
il vaut mieux agir et donner aux magistrats les armes légales nécessaires
pour éviter le prétendu laxisme ou le manque de place de prison qui serait
l’école de la récidive . Cette idéologie nous a fait du mal. Comme le fameux
sentiment d’insécurité ! L’autorité, la sanction, l’ordre
républicain , la conscience , le
bon sens et le courage sont les maitres mots. C’est cela l’indépendance. Les
magistrats qui devraient être cadrés à juste titre pour ne pas être laissés à
leurs seules croyances après débats par la représentation nationale , sont
fondamentaux dans un état de droit. Sans arbitres objectifs il n’y a pas de
match. Ni de démocratie. La Bruyère avait écrit : « le devoir des
juges est de rendre la justice. Leur
métier est de la différer. Quelques- un savent leur devoir et font leur
métier ». La majorité des magistrats est irréprochable. Ne tirons pas sur une ambulance .La Justice
était un monument en péril. Elle est
désormais en ruine. Il va falloir reconstruire à froid par la raison. Sans
idéologie. On hurle aujourd’hui contre la justice pénale pointe de l’iceberg
malgré le nombre des dossiers. Mais tous les avocats relégués au rang
d’auxiliaires de justice comme si celle- ci n’appartenait qu’aux
magistrats , savent ce qu’il en est sur le plan civil, commercial ,prud’homal
et pour les affaires personnelles. Obtenir une date d’audience puis la copie du
jugement ou simplement parler au juge, est le parcours du combattant. On ne peut donner aucune réponse au client. Et pourtant pour ces dossiers il y a aussi
des situations dramatiques.
Je m’étonne que l’on s’étonne que la Justice en général
ne fonctionne plus .Tous les responsables politiques dont M. Macron ou les professionnels
le savent depuis des décennies .Que le ministre démissionne ne changera rien .Lyhanna
ne reviendra plus. Il faut un drame pour qu’on s’émeuve. C’est consternant. Le
peuple français n’a pas la justice qu’il mérite.
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