Faire son cinéma
par Christian Fremaux avocat honoraire
C’est la saison du festival de Cannes dont je ne mésestime pas la
portée internationale et la mise en avant de la France. La critique est donc en
smoking et robe longue y compris parait- il comme pour un maire de la droite
décomplexée d’une commune de la diversité qui a droit au luxe aussi ; pour une
haute fonctionnaire de tendance socialiste tenue au devoir de réserve et à
veiller sur les comptes publics en ces temps de disette; et pour une ministre
en exercice qui a un domaine de compétences hors de la culture mais qui défend dans
l’obscurité des salles de projection l’égalité homme/femme principe
constitutionnel . Le contribuable a t- il le droit d’être circonspect ?
La Croisette se décroche par le talent ou les relations sinon l’égo. Il
faut paraitre. Tant pis pour les grincheux ceux et celles qui ne voyagent pas
en jet privé, ne boivent pas du champagne et ne couchent pas dans les palaces.
Le petit four au bord de la mer a un goût particulier. Les gens du commun
continueront à économiser sur l’essence, sur leurs repas que l’inflation
grignote et rêveront avec l’Eurovision ou un été 36 (les congés payés pour la
première fois) sur TFI en guise de spectacle. Et seront admiratifs des stars ou
assimilées ce qui permet d’oublier un moment le contexte guerrier et social. Je
sais que cette remarque est un peu démago. ou beauf. mais j’assume comme le
disent tous les politiques qui ont échoué ou les intellectuels qui prétendent
détenir seuls la vérité. Et faire le bonheur du peuple malgré lui s’il le faut.
Mais il fallait que les polémiques donnent du sel à la semaine.
Une polémique est venue d’ artistes , de réalisateurs , de techniciens
du cinéma qui ont pris à partie M. Bolloré qui a le malheur d’être un
catholique milliardaire et pas de gauche donc suspect de faire le jeu de
l’extrême droite. Et de vouloir étouffer la création qui a besoin de
pluralisme. On traduit le pluralisme par ce que pensent les plaignants. Et
peut-être par ce que proposent les milliardaires ou les gens fortunés de gauche
? Car il y en a, je m’en réjouis. On ne parle pas philosophie ou grands principes
humanitaires. C’est d’argent dont il
s’agit qui est le nerf de la guerre au cinéma.
M. Bolloré qui n’a pas besoin
d’avocat pour s’expliquer est le principal actionnaire de Canal + qui verse
beaucoup d’argent dans le cinéma y compris pour des œuvres qui ne seraient pas
sa tasse de thé. Mais le « dangereux individu » qui veut imposer les croyances
conservatrices donc fascistes sans que les vertueux auto- proclamés disent
lesquelles et donnent un exemple pas imaginaire, a cependant suffisamment
d’ouverture d’esprit pour payer quand même . Canal + plus est le principal
bailleur de fonds privé qui investit dans le 7ème art. Les pétitionnaires ont
fait un bide. Tendre la sébile d’une part et fermer le poing d’autre part en
insultant celui que vous sollicitez est une méthode curieuse. Ce n’est que dans
un film d’horreur que le masochisme gagne.
« Qu’est- ce qu’on a fait au bon dieu...» demandait avec humour
Christian Clavier dans une œuvre pour la tolérance et le vivre ensemble. Il a
fait un carton. Dieu n’a rien à voir dans l’affaire .C’est l’humain moderne
sectarisé et idéologisé qui est en question. Quelques-uns ne détiennent pas la
vérité culturelle qui conduit à enseigner aux masses ce qu’elles doivent penser
et accepter. Chacun est libre de faire des films sans être biberonné à l’argent
public qui appartient à tous les courants de pensée et de faire triompher ses
idées. Mais le spectateur a aussi le droit de choisir ce qui lui plait. Et de
ne pas partager ce qu’on lui somme d’admettre. La France a des racines. Et des
valeurs.
Sous couvert de pluralisme imposé et de liberté d’expression en
réalité ce sont des interdictions qui sont prononcées et réclamées. Fermons les
médias qui ne reflètent pas la doxa dominante et obligeons certains riches à «
banquer » ce qui les punira. Cette injonction comminatoire rejoint l’espoir
totalitaire de ceux qui disent ouvertement que la démocratie n’est pas
seulement le résultat des élections libres et qu’une insurrection populaire est
souhaitée pour le cas où le scrutin ne met pas au pouvoir la majorité que l’on préfère. Attention on toucherait ainsi gravement à la démocratie qui est
fragile.
Rappeler 1789 et la prise de la Bastille est un contresens historique
. Notre époque n’est pas celle de l’autoritarisme royal de Louis XIV et successeurs
dont Louis XVI avec le mépris des individus. Voltaire et les humanistes nous
ont montré le chemin. L’abolition des privilèges est entrée dans les faits. Ce
n’est pas un prétendu racisme systémique résurgence de la colonisation, des menaces imaginées venant de droite et
encore des inégalités à corriger qui pourraient justifier une révolution dans
une France championne des droits de l’homme, de la tolérance avec la laïcité
qui est une liberté ,et de la redistribution. Dans un monde chaotique où les
théocraties essaient de dominer. Outre le mérite républicain ouvert à tous d’où
qu’ils viennent. On n’est pas assigné à résidence. L’Etat n’abandonne personne.
Mais il faut aussi vouloir participer. On peut naturellement toujours mieux
faire mais la violence politique ou autre doit être bannie. Le roi a été
décapité et le souverain c’est le peuple y compris l’ancien, n’en déplaise à une minorité dite
avancée.
Quand les feux de la rampe se seront éteint le cours ordinaire du
financement du cinéma reprendra. Les rebelles se voulant indépendants ne
dépendent que de leurs portefeuilles .Ils ont mis en lumière le C.N.C. donc l’argent
public .Il peut y avoir un retour de bâton compte tenu de nos finances
publiques à sec, avec d’autres priorités vitales. Bravo les artistes. « Tout ça... pour ça » comme disait F. Huster
jouant un juge entretenant une relation adultérine avec une avocate. Donc de la
fiction ? Faire son cinéma c’est surjouer, en rajouter ,fantasmer sur une
situation, manifester de manière bruyante pour obtenir son caprice. C’est
l’inversion victimaire. Ce n’est pas de l’art.
Une autre polémique concerne le film « l’Abandon » c’est à dire les
derniers 11 jours de la vie du professeur Samuel Paty assassiné pour ce qu’il
était et transmettait. Le récit est factuel ,se base sur les minutes du procès
public et décrit comment les institutions et des collègues ont critiqué ou
laissé tomber le professeur au prétexte du « pas de vagues » et pas de
stigmatisation .Certains ont repris cette antienne. C’est honteux. On mourra de
nos faiblesses juridiques et morales et du manque de courage de nommer les
choses et les responsables. Albert Camus l’a déjà écrit. J’espère que ce film
aura un grand succès sinon on accablera encore plus Samuel Paty. Un autre
professeur a connu le même sort. La République doit protéger et soutenir ceux
qui restent des hussards.
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