Tous les gagnants ont perdu
Par Christian Fremaux avocat honoraire
Il fallait
s’y attendre. Au soir du résultat des élections municipales chaque camp a eu sa
liste de succès et s’est moqué des défaites chez les autres. Les trophées ici
et là ne sont pourtant pas un triomphe. Les débats dans les médias ont été
lunaires. On s’est invectivé, accusé, maudit, la routine en quelque sorte. Les
électeurs ont été plus grands que les leaders des partis qui ne font jamais
leur introspection. Et ne sont responsables de rien. Les citoyens ont rectifié où il le fallait,
donné la victoire à celui qui la méritait selon eux en le mettant à l’épreuve
si nécessaire. Ils ont sanctionné des rapprochements conclus sans s’encombrer d’éthique
ringarde pour les nouveaux damnés de la terre, puni les mauvais et choisi ceux
et celles qui dirigeraient au mieux leurs communes. Ce sont leurs choix à tort
ou raison.
Personne
n’est légitime à les critiquer car la vérité n’est écrite nulle part. Les
administrés en ont pris pour six ans et c’est au pied du mur que l’on apprécie
le maçon. Qu’il vienne de loin ou qu’il soit présent depuis des générations. La
compétence non idéologique n’est pas une affaire de couleur. La tolérance non
plus. Personne n’est propriétaire d’un territoire et ne peut s’imposer par la force
ou l’exclusion. Le but est de réussir.
Il n’y a aucune revanche à prendre ni
obligation de bâtir une nouvelle France. Celle qui existe est solide et
universelle bien que perfectible puisqu’elle a permis à tous les énervés et
prétendus révolutionnaires frustrés d’accéder par un simple bulletin de vote à
des pouvoirs locaux. Qu’on se le dise en comparant avec ce qui se passe à
l’extérieur. Il faut désormais rendre la nation plus efficace et plus
fraternelle sans la fracturer ou la diviser ce qui est déjà l’exploit à
accomplir. En gardant les institutions à réformer pour les rendre plus populaires
et de proximité avec un Etat fort qui protège et lutte contre toutes les
menaces. Y compris existentielles. Tout le reste est polémique inutile.
Les
véritables gagnants ont été l’abstention et le camp des électeurs dégoûtés de
la tambouille électorale et du fait que les maires étaient devenus impuissants
. Le véritable pouvoir local est passé dans des regroupements technocratiques
de communes – la décentralisation /concentration dite heureuse !-avec des
structures anonymes comme des grandes et lointaines régions, voire des instances européennes. Rendez -nous
notre parlementaire- maire, notre région historique, notre conseiller général
dans le canton aux limites circonscrites, le droit de panachage et pas
d’obligation de parité dans les communes de moins de 1000 habitants. La France
ne se résume pas aux grandes villes et ses banlieues avec ses spécificités. Le
combat d’un racisé ou coloré face à un blanc prétendument tout moche n’a pas de
sens local ni national d’ailleurs. La plupart des électeurs vivent en
province souvent en espace rural que l’on a privé de services publics pour les
besoins vitaux. Et de moyens matériels.
Pourquoi donc aller voter si cela ne sert à rien et n’apporte pas un
mieux ?
Nos
politiques qui ont souvent de la diarrhée verbale devraient s’auto -analyser,
être modestes et se demander si leur posture n’est pas coupable du désastre
démocratique. Pour n’importe quel sujet crier au racisme et au fascisme est
grotesque. Cela ne remplace pas la vacuité des propositions. On parle
d’épuisement civique ce qui parait court comme excuse. Mais on est vidé
moralement par les querelles indignes. Peut-être que les candidats ne sont pas
à la hauteur de ce qu’attendent les gouvernés et que leurs programmes sont
inconsistants outre les chocs d’égo et d’ambitions. C’est fou le nombre de
kamikazes qui veulent être président de la République. Malgré la charge et la
certitude d’être critiqués. Ils nous aiment. Ils ne pensent qu’à notre bonheur
et sont prêts à se sacrifier si on se rallie à leur panache blanc ou autre
teinte. On y croit ?
La
démocratie municipale celle du voisin ,du frère, de celui ou celle qui
partagent le même sol et qui aspirent à un minimum de tranquillité, de moyens
d’existence et à la paix de l’esprit en général pour pouvoir gérer ses propres
problèmes, ne peut être polluée jusque
l’élection présidentielle. L’intérêt général ne peut dépendre de considérations
partisanes. La violence est incompatible avec une gestion du bien commun.
Les maires
élus vont montrer ce qu’ils savent faire. Les donneurs de leçons sont aux
manettes et ils n’auront pas d’échappatoires. Les tricheurs sont ceux qui se
seront fait élire sur des malentendus, des compromissions et des promesses. En
déguisant leur volonté réelle. Si la probité intellectuelle pouvait exister on
ferait un pas en avant collectif considérable. Mais les vraies pensées et
orientations profondes avec des décisions de principe vont se dévoiler : il y
aura des surprises. Parfois mauvaises pour les habitants , en dehors des
militants. Par exemple en désarmant la police municipale et en menaçant les
élus d’opposition parfois des ex alliés !-ces battus impurs qu’on doit
exfiltrer sous les injures- qui devront dégager ou subir des attaques
physiques. C’est la démocratie qu’on agresse. C’est le suffrage universel qui
est perdant.
Tous les
citoyens dont les abstentionnistes on le suppose exigent un vrai programme
d’union, réaliste , chiffré et applicable sans démagogie ou
communautarisme. Ce n’est qu’à cette
condition qu’ils retrouveront le chemin des urnes et la confiance qui ne se
décrète pas mais se prouve. Notamment par la loyauté des politiciens qui ne
changent pas d’avis comme de vestes et qui ne nient pas la réalité. Sans
privilégier leurs propres intérêts de carrière. Cela finit par se voir !
On a quelques mois pour vérifier si les
réalisations locales peuvent servir d’exemples. 2026 sera la rampe de lancement
pour l’avenir.
La France en
2027 ne sera ni nouvelle ni ancienne. Avant tout elle devra être continûment
républicaine avec son histoire en entrant dans la modernité, pour tous ses
habitants qui respectent les valeurs de liberté, égalité, fraternité et
laïcité. Les citoyens ne veulent être que des vainqueurs. Le seul gagnant est
l’espoir.
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