mardi 24 février 2026

Ne nous trompons pas de scrutin

 

                                 Ne nous trompons pas de scrutin

                     Par Christian Fremaux avocat honoraire

Tous les gens normaux c’est-à-dire ceux qui ne dénient pas la réalité, réfléchissent un minimum et sont objectifs intellectuellement, ne peuvent qu’être horrifiés par la mort -le lynchage- d’un jeune à Lyon pour des raisons d’opinion. Contrairement aux multiples avis contradictoires que l’on entend à longueur d’antenne, je ne me prononcerai pas car il y a une enquête judiciaire en cours et c’est le moment de faire confiance aux magistrats et à l’état de droit souvent vilipendé. J’ai naturellement mon idée sur les responsabilités légales directes ou indirectes et sur les fautes politiques et morales. Mais mon avis n’intéresse personne et je ne veux pas prendre le risque de participer malgré moi à une polémique malsaine. Si je m’égare que l’on me pardonne. Car je suis indigné par ce qu’il se passe dans le pays des droits de l’homme et de la raison. Que l’on regarde le monde à feu et à sang et qu’on apprécie où l’on vit. Carpe diem.

Ma seule certitude est que l’on ne peut mourir en démocratie pour des idées . Brassens ajoutait que s’il le fallait,  alors d’accord « mais de mort lente » ! Il n’y a pas un camp du bien auto- déterminé par quelques -uns qui croient détenir la vérité ,la leur non vérifiée comme un postulat et non discutable, et qui veulent la faire entrer de force dans le crâne des citoyens. Sinon cela s’appelle du totalitarisme et du sectarisme fanatique pour ne pas employer le terme fasciste mis à toutes les sauces. Au lieu de faire le coup de poing méthode primaire sans hauteur de vue les étudiants concernés feraient mieux de lire des livres d’histoire et d’interroger les survivants des horreurs passées au nom des idéologies en -isme et les millions de victimes innocentes qui en ont résulté.

On a le droit naturellement de défendre ses croyances seraient- elles erronées et porteuses de dangers de toute nature mais la vie est trop précieuse pour qu’on la joue dans la rue en étant victime de porteurs de haine. En France on a la chance devenue rare ailleurs de pouvoir s’exprimer par des votes. Il ne devrait pas y avoir d’abstention et chacun doit aller voter y compris pour des députés avec des assistants qui se présentent sous pseudonyme. Incroyable ! Ou pour des candidats qui ont déjà un passé compromettant. Ce n’est que par l’expression majoritaire du peuple que l’on peut régler les problèmes qui existent , combattre les inégalités, redistribuer, et maintenir ce qui sont les valeurs universelles de la France et sa devise liberté, égalité, fraternité. Qui ne sont pas que des mots vides de sens.  Outre la laïcité qu’il faut expliquer sans cesse pour qu’on ne la confonde pas avec une restriction à la liberté de conscience.

 Notre nation réunit les destins individuels et les dépassent. Nous devons tous fournir un effort sur soi -même pour ne pas être excessif, exigeant et égoïste. Nous avons le droit d’avoir des préférences ; ne pas croire à telle ou telle solution ou affirmation .Mais un citoyen comme le disait le père d’Albert Camus « ça s’empêche ». C’est-à-dire ne se laisse pas emporter par tous ses instincts ,se réfrène, se modère, et joue collectif.  Parmi toutes les décisions parlementaires et/ou Etatiques-mais l’Etat c’est nous- on ne peut pas être toujours gagnant. L’intérêt général oblige à du compromis et de la responsabilité. Ce n’est pas la victoire d’une classe ou d’une communauté ou d’une minorité sur les autres. Le rejet du voisin –« frère humain qui après nous vivez ...» comme l’a constaté François Villon - pour ce qu’il est ou incarnerait n’est pas pertinent.  « La seule querelle qui vaille est celle de l’homme » a écrit Jean Bodin.  L’humanisme n’est pas un slogan et avec un minimum de respect et de compréhension on doit éviter tous les débordements. Comme l’autorité n’est pas incompatible avec les grands principes, je n’hésite pas à soutenir qu’il faut être très ferme avec ceux et celles qui prônent ou suggèrent la violence en parole avec la table rase et qui incitent ainsi des petits esprits à la réflexion étroite à passer à l’acte physique ou matériel et qui eux doivent tomber sous les fourches caudines de la Justice. Qui a certes un bandeau sur les yeux mais un glaive à la main.  « Responsable mais pas coupable  » on a déjà donné. Opposer un mort à un autre est abject. Vouloir venger un camarade est inadmissible. Accuser la victime d’être à l’origine de sa mort est disqualifiant. Tous les camps ultras ou extrêmes se valent dans ce qui précède. La violence n’est pas une caractéristique d’une démocratie qui doit être apaisée. La loi de la jungle ne peut être la nôtre.

Les citoyens n’ont pas besoin de prétendus lanceurs d’alerte pour tout et rien , qui s’affranchissent des lois qui ne leur plaisent pas et de tout sens civique. En niant l’humanité chez ceux qu’ils considèrent comme des ennemis à éliminer ,même pas des adversaires ou concurrents à combattre . C’est J.J. Rousseau qui écartait les faits pour que sa théorie colle. Les urnes sont souveraines pour un démocrate.

Les 15 et 22 mars 2026 auront lieu les élections municipales. Il y a un peu plus de 35. 000 communes . 50 % ont moins de 500 habitants. C’est la seule vraie et permanente majorité visible. Il n’y est pas question de droite ou de gauche mais d’élire des bénévoles qui se dévouent pour tous les habitants quelles que soient leurs opinions. Les élus locaux sont corvéables et taillables à merci et à portée d’engueulade. Pour six ans ce qui est long. Le maire porte un stylo pour signer toute la paperasse afin que la commune fonctionne avec un budget obligatoirement à l’équilibre ( Eh l’Etat qu’en penses- tu ? ). Le maire non violent est quand même muni d’un couteau mais Suisse à multiples lames pour réparer tout ce qui ne va pas. Il est officier de police judiciaire mais aussi médiateur et il règle les litiges de ses concitoyens qui n’hésitent pas à le rendre responsable de tout et le solliciter à tout instant. La démocratie locale est de proximité et la violence en est bannie. Les querelles politiciennes n’ont pas droit de cité et les combats de rue des irresponsables ne sont pas tolérés. Le citoyen doit bénéficier de la tranquillité, sans insécurité et dans le respect de ses traditions. Pour qu’il puisse vivre en paix et se préoccuper de lui aussi. La participation doit être massive au premier comme au deuxième tour de l’élection. Les communes irriguent le territoire et sont les piliers de la nation. Il n’est pas question de les transformer en laboratoires d’expérimentations diverses. La république a besoin de repères et de stabilité.

Attendons 2027 pour choisir les grandes orientations de la nation. Mais profitons de mars 2026 pour élire des hommes et des femmes, modestes et travailleurs qui bétonneront la démocratie locale. Paris, Lyon, Marseille intéresseront les médias. Mais les villes et leurs banlieues ne sont pas tout le pays .Une personnalité ne fait pas le printemps. Une thèse politique non plus. Ne nous trompons pas de scrutin.                         

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