La justice spectacle
Par Christian
Fremaux avocat honoraire
La loi est
formelle : l’instruction judiciaire est secrète. Rien ne doit être divulgué
des investigations en cours et seul le procureur de la République peut s’exprimer.
Les avocats sont soumis au secret professionnel d’ailleurs malmené actuellement
pour des impératifs sécuritaires. On leur concède chichement le droit de
s’exprimer publiquement dans l’intérêt de leurs clients soupçonnés ou
poursuivis ne serait- ce pour qu’il y ait un équilibre avec l’accusation.
Les droits de la défense sont cependant les piliers de l’état de droit. Mais
entre les dispositions légales qu’il faut respecter sous peine de
sanctions et la pratique échevelée, intervient l’opinion publique, cette
intruse à chasser, prostituée qui ne doit jamais entrer dans le prétoire car
elle tire le juge par la manche, comme le disait l’illustre avocat d’assises
Me Moro-Giafferi.
Chaque
citoyen honnête est un justiciable qui s’ignore même pour des futilités. On
peut être accusé par n’importe qui et de n’importe quoi. Ce qui peut prendre de
l’ampleur. Surtout sur des sujets de la vie privée ou les croyances. C ’est la
tendance. Je ne parle pas évidemment des délinquants d’habitude ou des
criminels y compris mineurs pour qui la justice doit passer et vite et
forte. Sans s’affranchir des règles car la société n’applique pas la
vengeance.
Les
exigences de la société obligent. On doit communiquer même sur rien. On est
dans un collectif sincère ou orienté qui veut laver plus blanc que blanc. Pas
pour soi car l’individu est innocent pour tout, mais pour les autres. Les mots transparence
ou vérité sont dans toutes les bouches. On exige le droit de tout savoir même sur
ce qui ne nous concerne pas. Peu importe les lois et les codes notamment celui de
procédure pénale qui protège celui qui est accusé présumé innocent et donne des
droits aux victimes qui intéressent moins le chaland. Le public est avide de
savoir qui a fait le coup et pourquoi. Et de se prononcer. Les journalistes se prennent pour Rouletabille
et font leurs propres enquêtes avec révélations parallèlement à celles des
gendarmes ou des policiers. Le voyeurisme judiciaire est la norme. Il y a
autant de juges que de citoyens intéressés qui ont un avis ! Les donneurs
de leçons de morale pullulent, sans légitimité et peuvent se tromper en toute
impunité. Ils projettent leurs inimitiés et sectarismes.
En ce moment
on assiste à un spectacle vivant dans les palais de justice assimilés à des
théâtres. Je ne parle pas de Me Dupond-Moretti passé du rôle d’avocat
talentueux avec ses propres textes à celui de ministre plus controversé avec
éléments de langage. Il nous explique les coulisses de son oui à M. Macron
alors qu’il disait non depuis des années à tous les honneurs. Mais seuls les
sots (garde des sceaux ?) ne changent pas d’avis.
Dans une
histoire dramatique qui n’est pas une comédie, M. Depardieu s’explique devant
les juges et semble de pas savoir définir en droit une agression sexuelle. On
lui fait confiance pour la pratique. Il a de l’expérience. Il y a la présence d’une
plaignante victime de l’acteur mais qui ne se rappelle plus vraiment dans
quelles circonstances. En demandant d’être crue sur parole. Les avocats s’affrontent
devant les caméras. Je ne connais pas ce
que dit le scénario pour la fin judiciaire. Et j’ai fini de manger mon sachet
de pop-corn.
M. Sarkozy est un habitué du palais comme
avocat bien sûr mais surtout dans son rôle de politique. Un ancien président
de la République qui comparait pour répondre d’éventuelles infractions de droit
commun, avec des seconds rôles anciens ministres tous prétendus complices, l’affiche
est belle. Mais comme citoyen elle me désole car à travers l’ex- chef de l’Etat
c’est le citoyen qu’on atteint. Surtout si le prévenu est reconnu
coupable.
Et on attend
le jugement pour Mme Le Pen.
Ce qui
se joue au palais de justice est une fête en pleurs. Les puissants sont
rabaissés. Ce qui rassure les misérables ou les simples
quidams. Personne ne peut échapper au respect de la loi. La justice devra
être exemplaire. Mais je ne sais pas si la société se portera mieux ou si telle
ou telle décision ne fracturera pas plus la nation ?
On connait l’affaire
du petit Gregory depuis des décennies qui s’est perdue en justice. J’espère
qu’on fera mieux avec celle du petit Emile qui éclipse tous les autres sujets de
l’Ukraine à Gaza, de la dette publique à la censure. Jusqu’à l’âge de la
retraite. Le pays s’est arrêté de vivre. Son cœur bat avec les péripéties de la
famille Soleil nom du garçonnet. On s’interroge sur le grand-père qui serait
bizarre dans son comportement et sa foi. Ce qui n’a rien à voir a priori
directement avec le crime. Les journalistes dénoncent presque le fait de
n’avoir pas été autorisés à mettre un micro et filmer dans les locaux de
la garde à vue. Et que les quatre personnes entendues ont été libérées sans
charges, intrigue. Ce qui n’est que l’application de la loi.
L’émotion et
le parti pris n’aident pas la justice qui ne défend pas une cause. Elle
doit caractériser des faits qui sont prouvés et en tirer les conséquences.
Prévues par la loi. Elle n’est pas là pour bâtir une société telle que certains
voudraient qu’elle soit. Elle juge au nom du peuple français qui est
divers. Elle doit mesurer les conséquences de ses jugements dans le cadre du pouvoir
d’appréciation qu’elle détient. Les juges sont des hommes et des femmes avec
leurs convictions personnelles, sinon leurs engagements. Ils doivent les surpasser
ce qui est très difficile.
Dans un
procès il y a souvent deux mécontents : celui qui a gagné mais pas assez
et celui qui a perdu et pense que le tribunal n’a rien compris. Dans le procès
pénal il y a la satisfaction ou non des victimes .Et l’innocence ou la
culpabilité du prévenu. L’accusation
représente la société mais ne peut jamais être gagnante puisqu’elle est la voix
de l’intérêt général donc des citoyens et ne demande rien pour elle.
Ne
transformons pas la justice en jeu du cirque.