mardi 6 janvier 2026

Ethique de conviction et celle de responsabilité

   Ethique de conviction et celle de responsabilité

                 Par Christian Fremaux avocat honoraire

C’est entendu c’est un scandale, un enlèvement, une violation flagrante du droit international. M. Trump qui se croit investi d’une puissance illimitée pour faire ce qui lui parait être le bien pour les USA d’abord, n’aurait pas dû envoyer ses commandos au Venezuela pour s’emparer manu militari du chef de l’Etat très controversé Nicolas Maduro, en bénéficiant peut être de complicités internes ? M. Maduro (in)digne successeur du pittoresque bien que très autoritaire Hugo Chavez lui- même ami de notre lider maximo M. Mélenchon qui s’étrangle de rage car son modèle est prisonnier. Quelle horreur, sans se préoccuper si ledit Nicolas n’était pas un peu dictateur ce que le monde admet et si le peuple vénézuélien est content ou non alors que la politique dite progressiste et ouvertement anti-occidentale a conduit à la ruine du pays malgré des ressources pétrolières parmi les plus importantes de la planète. Une idéologie mène toujours à la faillite et à la répression selon moi. Avec l’exil de ceux et celles qui veulent sauver les meubles c‘est à dire leurs peaux. Il va de soi que M. Trump ne peut imposer ses choix capitalistiques pour aider d’une main et engranger les bénéfices de l’autre. Il y a des limites au cynisme. Un pays n’est pas une poire pour la soif. Ni une paillasse sur laquelle on essuie ses pieds boueux. La personnalité de Donald est inquiétante même si en bousculant les usages il obtient des résultats. Durables ou non ?  Car l’homme est imprévisible sinon contradictoire. Dans le monde des relations internationales on a besoin que les textes soient respectés et que les comportements soient constants et de préférence plutôt sûrs. Si on veut de la stabilité.     

M. Trump s’est passé de l’accord de son congrès pour éviter les fuites . Il va en répondre.  En suivant en direct l’opération militaire spéciale à la télévision, il a copié M. Obama qui avait fait pourchasser et exécuter M. Ben Laden dont le corps a été immergé en mer d’Arabie pour éviter qu’une tombe devienne un lieu de pèlerinage. Ce que le monde avait applaudi globalement. Un terroriste ne mérite aucune considération ni en droit ni humaine. Seul le Mossad avait su récupérer d’anciens nazis au bout de la terre. Sans demander l’autorisation à personne et encore moins aux institutions internationales. On se rappelle par la France et des alliés respectueux du droit et de la moralité sinon l’humanisme de la traque de M. Khadafi et des images télévisées .A l’époque les juristes éminents et les âmes sensibles ne s’étaient pas vraiment offusqués. Ni les défenseurs des droits de l’homme.

Naturellement le signal envoyé par M.Trump est dangereux : l’Iran devrait­-elle se méfier ? Et M. Poutine pourrait réfléchir à ne pas vouloir faire disparaitre l’Ukraine. L’Europe doit prendre ses précautions et ne compter que sur elle-même. De même que la Chine doit modérer ses ambitions sur Taïwan. L’apprenti sorcier qu’est le chef de l’Etat pour encore deux ans aux Usa n’a-t-il pas ouvert la boite de pandore ?

 Faut-il parler des vues des USA sur le Canada, sur le Groenland et sur le canal de Panama ?M.  Trump n’a pas reçu un mandat officiel par l’Onu pour recréer un impérialisme américain ou occidental alors qu’il prétend ne pas vouloir être le gendarme du monde et que ce qui l’intéresse c’est le business et la grandeur de son pays -entendue comme le pouvoir du dollar- pour que les boys retrouvent un niveau d’achat confortable. A le mélanger avec les valeurs de principe de l’humanité,  on s’y perd.

Comme tout criminel présumé M. Maduro aura droit à un procès à l’américaine avec preuves des crimes reprochés, témoins,  droits de la défense, avocats et médias de partout. Il pourra se taire , se prétendre innocent et  protester pour l’emploi de la force contre la faible victime qu’il est, demander le respect du droit international ou expliquer que les bienfaits de sa politique de pauvreté déficitaire est un atout à imiter qui a été entravé par les manœuvres et le sabotage du géant américain qui voulait l’asservir et mettre son peuple en esclavage .Puis demander sa remise en liberté. Le show sera permanent.  

Une fois qu’on se sera époumoné contre l’odieux « fasciste »va-t’en guerre qu’est M. Trump ; que l’ONU-malgré le veto des Usa au conseil de sécurité- aura avec précautions oratoires dénoncé le coup de force du sheriff ; que LFI se sera roulée par terre pour huer un comportement illégal avec des larmes de crocrodile ; que la CPI Cour pénale internationale aura engagé des poursuites bien que les USA comme Israël ou la Russie ne reconnaissent pas sa compétence, que se passera -t -il ?  Devons- nous être hypocrites et ne pas admettre la réalité donc la responsabilité collective. La liberté d’un peuple accablé par son ou ses leaders et son droit à l’existence tranquille et monnayable pour survivre est -elle à géométrie variable ? N’y a -t -il pas un devoir à assistance d’individus en danger ? Jadis on a connu le devoir d’ingérence. Faut-il ne rien faire quand on sait ?Surtout quand un Etat facilite le narco trafic sinon en profite ?Le Général de Gaulle disait que les Etats n’ont pas d’amis mais des intérêts.    

Max Weber a théorisé l’éthique de conviction et celle de responsabilité. Il a posé le problème de la distance entre le réel et l’idéal et conclu que l’action sert à trancher .Il a indiqué que les qualités que doivent posséder les hommes politiques pour être à la hauteur des évènements sont la passion, le sentiment de responsabilité et le coup d’œil.  J’ajoute que le courage va de soi. Dans le domaine interne aussi quand le déni produit les effets néfastes que l’on constate. La morale est indispensable mais elle ne résiste pas à l’utilité et les deux ne sont pas incompatibles .Reculer sans cesse nuit.  

L’ordre mondial d’après- guerre n’est plus. Les vainqueurs sont flageolants .Les états de droit et leurs valeurs universelles paradoxalement les fragilisent surtout si les USA donnent un exemple parfois incompris ou lamentable dans la méthode. Certains en profitent c’est le comble. De ceux qui se croient encore puissants ou tout permis on stigmatise leurs faiblesses structurelles ou au contraire leur hégémonie intrusive qui n’a plus de sens. Ils vont être débordés par la démographie et la volonté de revanche.

On n’a pas aimé 2025 qu’en sera -t- il en 2026 ? Les menaces internes comme externes sont présentes .La France n’est pas une île. Essayons de conjuguer conviction de faire au mieux et responsabilité de répondre concrètement aux défis, ceux que les citoyens veulent voir réglés. Même si nos élites rêvent d’une autre France. On aura progressé.